Avril 2013 - MEDITATION et Liberté Bouddhisme et Spiritualité

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Avril 2013

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LES TROIS PORTES DE LA LIBERATION

Qu'attendez-vous pour être heureux ? Demandez-vous : "Pourquoi ne suis-je pas heureux maintenant ?
Le véritable enseignement du Bouddha se trouve dans Les trois sceaux du Dharma (l'impermanence, le non-soi et le nirvana) et sont des clés pour nous aider à franchir les trois portes de la libération (la vacuité, l'absence de signes et l'absence de désir).
Une fois ces portes franchies, nous sommes établis dans la concentration, libérés de la peur, de la confusion et de la tristesse.

La première porte : la vacuité

Vide veut toujours dire vide de quelque chose. Un bol est vide de soupe. Nous sommes vides d'un soi séparé, indépendant. Nous ne pouvons pas exister par nous-mêmes. Nous ne pouvons qu'inter-être avec tout le reste dans le cosmos. La pratique est là pour nourrir notre vision profonde de la vacuité tout au long de la journée. Le vide ne veut pas dire la non-existence. Cela signifie la production conditionnée, ou les origines interdépendantes, l'impermanence et le non-soi.
Le vide est la voie du milieu entre l'existant et le non existant.

La fleur ne devient pas vide lorsqu'elle meurt. Elle est déjà vide dans son essence. Avec le regard profond, nous voyons que la fleur est faite d'éléments non-fleurs : la lumière, les nuages, la terre et la conscience. Elle est vide d'un soi séparé et autonome. Dans le Soutra du diamant, il est dit que les êtres humains ne sont pas séparés des autres espèces, c'est pourquoi pour protéger les humains il faut protéger les espèces non humaines. En polluant l'eau ou la terre, les végétaux et les minéraux, nous nous détruisons nous-mêmes. Nous devons apprendre à nous voir dans des choses que nous pensions extérieures à nous-mêmes afin de dissoudre les fausses frontières.

Chaque fois que nous regardons notre assiette de nourriture, nous pouvons contempler la nature impermanente et dépourvue d'un soi de la nourriture. C'est une pratique profonde qui peut nous aider à voir les origines interdépendantes. Celui qui mange et la nourriture qui est mangée son tous deux vides par nature, c'est pourquoi la communication entre eux est parfaite. Tous ceux que nous aimons seront malades et mourront un jour. Si nous ne pratiquons pas la concentration sur le vide, nous serons désespérés le jour où cela arrivera. La concentration sur le vide est une façon de rester en contact avec la vie telle qu'elle est, mais elle doit être pratiquée et pas seulement discutée.

Nous observons notre corps et nous voyons toutes les causes et les conditions qui lui ont permis d'exister - nos parents, notre pays, l'air et même les générations futures. Nous transcendons le temps et l'espace, le moi et le mien, pour goûter la vraie libération. Si l'on se contente d'étudier le vide en tant que philosophie, ce ne sera pas une porte de libération. Le vide est une porte de libération si on la pénètre profondément, en comprenant la production conditionnée et la nature interdépendante de tout ce qui est.

La deuxième porte est l'absence de signes

Signe, signifie ici une apparence ou l'objet de notre perception. Si par exemple l'eau est dans un récipient carré, son signe est d'être carrée. Lorsqu'on ouvre le réfrigérateur pour prendre de la glace, le signe de cette eau est solide. La neige et la vapeur qui s'échappe de la bouilloire sont toutes deux H2O. Que H2O soit ronde, carrée, liquide, gazeuse ou solide dépend des circonstances. Les signes sont des instruments mis à notre disposition, mais ils ne sont pas la vérité absolue et peuvent même nous induire en erreur. Pour nous libérer, nous devons pratiquer la concentration sur l'absence de signes. Une fois libérés, nous pouvons pénétrer au coeur de la réalité. Mais avant de voir l'océan dans le ciel, nous demeurons prisonniers des signes.

On touche l'eau quand on dépasse les signes d'eau pour voir la nature véritable de l'inter-être. Il y a trois étapes : eau, non-eau et eau véritable. L'eau véritable est l'ainsité de l'eau. Elle est par essence, libre de naissance et de mort. Si l'on parvient à toucher cela, rien ne pourra plus nous effrayer. Pour voir la nature merveilleuse de l'eau (tathagata) vous devez regarder au-delà des apparences de l'eau, et voir qu'elle est faite d'éléments non-eau. Si vous pensez que l'eau n'est que de l'eau, qu'elle ne peut pas être le soleil, la terre ou la fleur, vous vous trompez. Si vous pouvez voir que l'eau est le soleil, si en regardant simplement le soleil vous pouvez voir l'eau, c'est l'absence de signes des signes.

Les politiciens, les éducateurs ont besoin de pratiquer l'absence de signes. On met trop de jeunes en prison. C'est en méditant sur l'absence de signes que l'on comprendra d'où vient leur violence. A quoi notre société, nos familles, nos écoles ressemblent-elles ? Pourquoi faudrait-il rejeter la faute uniquement sur les jeunes ? Pourquoi ne pas reconnaître notre coresponsabilité ? Les jeunes se font du mal à eux-mêmes et aux autres parce que la vie n'a pas de sens pour eux. Si on continue à vivre et à organiser la société comme on le fait aujourd'hui, on continuera à produire tous ces milliers de jeunes qu'il faudra mettre en prison.

L'absence de signes n'est pas qu'une idée. En regardant profondément nos enfants, nous voyons tous les éléments qui les ont produits. Ils sont ce qu'ils sont en raison de notre culture, de notre économie, de notre société et de ce que nous sommes. Nous ne pouvons pas nous contenter d'accuser nos enfants quand les choses vont mal. De nombreuses causes et conditions y ont contribué. Si nous savons comment nous transformer, nous et notre société, nos enfants se transformeront eux aussi. Quand nous transcendons les signes, nous pénétrons dans le monde de la non-peur et de la non-accusation. Nous voyons la fleur, l'eau et notre enfant au-delà du temps et de l'espace. Et y compris nos ancêtres qui sont présents en nous, ici et maintenant.

La troisième porte est l'absence de désir

Il n'y a rien à faire, rien à réaliser. C'est l'enseignement bouddhiste en matière d'eschatologie. Est-ce que la rose doit faire quelque chose ? La rose ne se construit pas en fonction d'un idéal personnel ou collectif. Elle devient ce qu'elle est, elle est ce qu'elle devient. La rose n'a rien à faire pour devenir la rose, elle est déjà la rose. L'exigence est la même pour l'homme en chemin : devenir ce qu'il est et être ce qu'il devient. Avec l'absence de but, nous voyons que nous ne manquons de rien, nous avons déjà tout, et notre lutte peut enfin cesser. Nous sommes en paix dans l'instant présent, juste en voyant le soleil entrer par la fenêtre ou en écoutant le son de la pluie. Les gens parlent d'entrer dans le nirvana, mais nous y sommes déjà. L'absence de but et le nirvana ne font qu'un.

Connaître le bonheur à chaque instant, c'est l'esprit de l'absence de but. Sinon, nous risquons de tourner en rond pour le restant de nos jours. Nous avons tout ce dont nous avons besoin pour faire de l'instant présent le plus heureux de notre vie, même si nous avons pris froid ou mal à la tête. Nul besoin d'attendre de ne plus avoir le rhume pour être heureux. Les rhumes font partie de la vie. Quelqu'un m'a demandé un jour si je n'étais pas inquiet au sujet de l'état du monde. J'ai respiré et j'ai dit : "l'essentiel est de ne pas laisser vos craintes sur ce qui se passe dans le monde emplir votre coeur. Si votre coeur est plein d'anxiété, vous tomberez malade et vous ne pourrez pas aider."

Oui, il y a de terribles souffrances partout dans le monde, mais cela ne doit pas nous accabler. En pratiquant la pleine conscience, nous essayons d'aider de notre mieux, en ayant le coeur en paix. L'angoisse ne résout rien. Ce n'est pas parce que vous vous inquiétez vingt fois plus que cela va changer la situation du monde. Même si les choses ne sont pas comme on voufrait qu'elles soient, on peut être satisfait, en sachant que l'on fait de son mieux et que l'on va continuer de le faire. Demandez-vous ce que vous attendez pour être heureux. Demandez-vous : "Pourquoi ne suis-je pas heureux maintenant ?" Mon seul désir est de vous aider à en prendre conscience.

Comment pouvons-nous rendre heureux le plus grand nombre de gens possible et, qui sait, enseigner l'art de vivre en pleine conscience aux autres ? Il y a beaucoup plus de personnes qui créent de la violence que d'individus qui savent comment respirer et créer du bonheur. Chaque nouvelle journée nous offre un lieu de refuge pour les autres. Nous n'avons rien de particulier à accomplir. L'absence de but est l'arrêt, et la prise de conscience que le bonheur est déjà là. Si quelqu'un vous demande combien de temps il faut pratiquer pour être heureux, nous pouvons lui répondre qu'il peut être heureux tout de suite ! La pratique d'absence de but, est la pratique de la liberté. (Merci à Thich Nhat Hanh pour cet enseignement)

Ce n'est pas l'amour qui brise la solitude, c'est la solitude qui rend possible l'amour

Le vrai solitaire n'a rien à perdre et ne cherche à rien posséder. Il ne redoute pas la déception puisque de l'autre il n'attend nulle gratification mais avant tout le plaisir de la découverte, le goût de l'échange. Et ainsi il peut aimer l'autre d'être l'autre.
Une telle expérience ouvre à une liberté, à une gratuité totale dans les relations humaines - d'amitié, d'amour, de fraternité - qui peut se formuler ainsi :
"Je n'ai pas besoin de toi, tu n'as pas besoin de moi, mais il est bon de vivre ce moment, ce jour, avec toi."
Ou encore :
"Quand vous êtes là, vous m'émerveillez, et ce moment est unique, mais quand vous partez, quand vous n'êtes pas là, vous ne m'enlevez rien, il ne me manque rien, et ce moment aussi est unique."
La vie solitaire ressemble à un jardin fleuri : c'est un lieu d'affinités, mais on peut s'y promener et s'y sentir heureux sans être accompagné.


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