Corps, parole et esprit - MEDITATION et Liberté Bouddhisme et Spiritualité

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Corps, parole et esprit

Méditation

Un ensemble de parties produit le concept de véhicule

Chaque être doté d’une conscience, peut se définir par trois principes de base, que nous appelons :
Corps, Parole et Esprit.

Le corps veut dire aspect physique, il naît, grandit, vieillit, tombe malade et finalement meurt.
La parole ne désigne pas seulement la faculté de parler, mais aussi tous les signaux que nous échangeons sous forme de phéromones, susceptibles d’influencer le comportement et le développement d’autres êtres.
Et lorsque le corps meurt, sa capacité de parole s’évanouit en même temps que lui. Corps et parole sont impermanents.

L'ESPRIT N'EST PAS DANS LA TETE
C'est un événement en perpétuelle évolution

L’esprit est beaucoup plus difficile à définir. On ne le trouve nulle part, pourtant, on ne peut pas raisonnablement nier son existence. La science moderne a pu identifier le «fonctionnement» du mental, mais il lui reste encore à identifier en quoi consiste l’esprit lui-même.
En réalité, plus les scientifiques scrutent l’activité mentale, plus ils se rapprochent du point de vue bouddhiste, selon lequel l’esprit est un événement en perpétuelle évolution, plutôt qu’une entité distincte.

Supposons que j'ai une phobie des chiens !

Voici maintenant un test simple afin de comprendre la difficulté de regarder l’esprit en conservant notre vision habituelle des choses.
Supposons que j’ai une phobie des chiens, je vais me demander : qu’est-ce qui pense que les chiens sont dangereux ? La réponse immédiate semble être : mon cerveau ! Mais lorsqu’on examine le cerveau du point de vue de la science moderne, on s’aperçoit que la réponse n’est pas aussi simple.
Etudions maintenant cet événement de vie stressant, qualifié de traumatique, car il a la caractéristique de porter atteinte à l’intégrité de ma personne.
Chacun de nous à l’heure actuelle a pu utiliser le mot «stress» pour définir ce qu’il ressentait à un moment ou un autre de son existence.  
L'étude du stress fait intervenir la médecine, la psychologie, la sociologie et maintenant le bouddhisme. Le stress est l'élément qui provoque un ensemble de réactions physiologiques (sueurs, accélération du cœur et de la respiration) et psychologiques (inquiétude, troubles du sommeil) qui se manifestent lorsqu'une personne est soumise à un changement de situation.
Plus simplement, le stress c’est une sensation que l’on éprouve lorsque l’on est confronté à une situation à laquelle on ne croit pas pouvoir faire face correctement. Il provoque un sentiment de malaise. C’est comme un réflexe de l’organisme qui agit contre les agressions extérieures. Cela va déclencher un ensemble de réactions nerveuses et hormonales.

LA REACTION D’ALARME

Cette première phase est aussi appelée «phase de choc». En effet lorsque je décide d’aller faire du footing dans la campagne, donc un environnement plus sauvage qu’un stade en ville (où les chiens ne sont pas conviés) je reçois le «stimulus stressant» mon corps est confronté à un choc. Mon organisme va tout faire pour s'adapter à cette situation : cette phase correspond à la réaction par des phénomènes généraux non spécifiques face à la présence d’une demande environnementale d’adaptation à laquelle l’organisme n’est pas encore adapté.

Visitons le cerveau

Visitons en vitesse mon cerveau, et abordons un niveau de complexité supplémentaire.
Les millions de neurones du cerveau sont groupés par fonctions en trois différentes couches. La couche la plus ancienne appelée «cerveau reptilien» sert à régulariser les fonctions de base involontaires, telles que la respiration, le métabolisme, les battements du cœur et la circulation du sang. Elle contrôle également les réponses instinctives du type «combattre ou fuir» ou états d’alarmes, réactions automatiques qui nous obligent à interpréter tout événement, toute rencontre inattendue – par exemple se trouver devant un chien, - comme une menace potentielle.
Dans mon cas, la menace est perçue comme trop grande pour qu’elle puisse vaincre, alors je vais fuir.
Pour combler ce besoin et assurer la survie de l’espèce, une nouvelle couche de cerveau s’élabora. Cette couche appelée «cerveau limbique» sert à percevoir une gamme d’émotions plus riche que celle du type «combattre ou fuir». Elle prépare le terrain de l’apprentissage et de la mémoire. Le système limbique possède des structures et des capacités étonnantes dans le rôle des émotions. Deux de ces structures méritent cependant une mention particulière.

  • La première est l’hippocampe. L’hippocampe joue un rôle crucial dans la création de nouveaux souvenirs d’événements directement vécus, en fournissant un contexte spatial, intellectuel et verbal.

  • Le second élément important est l’amygdale. L’amygdale joue un rôle décisif dans la capacité de ressentir des émotions et de créer des souvenirs émotionnels. L’amygdale étant liée au système nerveux autonome, la zone du cerveau qui régule les réactions musculaires, cardiaques et glandulaires, et à l’hypothalamus, structure neuronale qui décharge l’adrénaline et d’autres hormones dans le sang, les souvenirs émotionnels qu’elle engendre sont extrêmement puissants, car ils sont liés à des réactions biologiques et biochimiques importantes.

Comme ces souvenirs et les schémas qui leur sont associés sont très puissants, ils peuvent être déclenchés très facilement par des événements ultérieurs qui comportent une ressemblance, parfois très lointaine, avec le souvenir de départ. Ce type de réaction forte liée à la mémoire est très utile pour la survie dans les circonstances qui peuvent mettre la vie en péril. Il permet par exemple dans le cas qui m’intéresse, de reconnaître ou d’éviter d’approcher des chiens agressifs.
Et la dernière couche est le «néocortex». Cette zone permet de raisonner, d’organiser, de planifier et d’affiner les réactions émotionnelles. C’est le néocortex qui nous donne accès au langage, à l’écriture, aux mathématiques, à la musique et à toutes les formes d’art. Il est aussi le siège de nos activités rationnelles telles que la recherche de solutions à un problème, l’analyse, le jugement, le contrôle des impulsions, l’organisation des informations. Il permet de tirer des leçons des expériences et des erreurs passées et de se montrer compréhensif (dans mon cas) envers  «les chiens»

Mais revenons au cerveau en général ! En langage commun, on peut dire que la plupart des activités cérébrales sont dues à un type de cellules très particulières appelées «neurones». Ce sont des cellules éminemment sociables : elles aiment bavarder. Elles font penser aux enfants dissipés qui s’envoient tout le temps des notes sur des bouts de papier, ou se murmurer des choses à l’oreille, à ceci près que les conversations secrètes entre les neurones ont surtout pour sujets les sensations, le mouvement, la solution des problèmes, la création de souvenirs et la production des pensées et des émotions.
Comprendre l’activité des neurones ne serait pas très important en termes de bonheur et de souffrance, sauf pour deux ou trois détails essentiels. Quand les neurones se connectent entre eux, ils forment des liens comparables à ceux d’une amitié de longue date. Ils prennent l’habitude d’échanger les mêmes types de messages, comme par exemple l’événement ou l’expérience traumatique de l’attaque d’un chien
Cette formation de liens est la base biologique d’un grand nombre de ce qu’on appelle «habitudes mentales», ces réactions instinctives que nous avons vis-à-vis de certains chiens.

Tous les phénomènes sont des projections de l’esprit

Prenons mon cas qui a la phobie des chiens. Si j’ai été terrifié par un chien dans ma petite enfance, un ensemble de liens entre neurones se forme dans mon cerveau qui correspond, d’une part, à la sensation de peur, et, d’autre part, au concept que les chiens sont effrayants. La prochaine fois que je verrai un chien, le même groupe de neurones se mettra à bavarder ensemble pour me rappeler que les chiens sont effrayants. Et chaque fois que ce bavardage aura lieu, il deviendra de plus en plus bruyant et convaincant, jusqu’à ce que cette habitude soit si bien installée en moi qu’il me suffise de penser à un chien pour que mon cœur se mette à battre plus vite.

Maintenant, supposons qu’un jour j’aille voir un ami qui possède un chien. Au début, quand je frappe à la porte, j’ai peur en entendant le chien et en le voyant se ruer dehors pour me renifler. Mais supposons qu’au bout d’un moment le chien s’habitue à moi et vienne s’asseoir à mes pieds ou sur mes genoux, et qu’il me lèche avec tant de joie et d’affection que je sois obligé de le repousser.
Dans le cerveau du chien, un ensemble de connections neuronales associées à mon odeur et à toutes les sensations qui lui disent que son maître m’apprécie aboutissent à un comportement qui traduit l’idée : «hé, ce type est sympa !»
Pendant ce temps, dans mon propre cerveau, un nouvel ensemble de bavardages entre neurones associé à des sensations physiques agréables commence à se produire, et je me mets à penser : «Peut-être bien que les chiens sont gentils !» Chaque fois que j’irai voir mon ami, ce nouveau schéma se renforcera tandis que l’ancien s’affaiblira, jusqu’à ce que je n’aie plus peur des chiens.

En neuroscience, cette capacité de remplacer d’anciennes connections neuronales par de nouvelles porte le nom de «plasticité neuronale». (Ou malléabilité)
Tout cela revient à dire que des exercices répétés peuvent amener  le cerveau à modifier son mode de fonctionnement. C’est le «pourquoi» du «comment» des pratiques bouddhistes permettant de mettre fin aux habitudes mentales qui engendrent la souffrance.

L’œil n’est pas la vue… le cerveau n’est pas l’esprit.

Le Bouddha enseignât que le cerveau était bien le support physique de l’esprit, mais il prit soin d’ajouter que l’esprit lui-même n’est pas quelque chose de visible ni d’analysable à l’aide de mots. L’œil n’est pas la vue, l'oreille n'est pas le son,… le cerveau n’est pas l’esprit.
Le bouddhisme ne considère pas l’esprit comme une entité séparée, mais plutôt comme une expérience qui se déroule continuellement. Ce que nous prenons pour notre identité «mon corps, mon esprit» est en fait une illusion créée par le flux incessant de pensées, de perceptions, de sensations…

Pour «illustrer» on pourrait comparer notre perception de l’esprit et du moi, au fait de regarder un film au cinéma.
Lorsqu’on regarde un film, on a l’impression d’être en présence d’un flux continu de mouvements, de sons, alors que des images bien distinctes les unes des autres sortent du projecteur. Si nous pouvions voir le film décortiqué, image par image, notre impression serait totalement différente. Si on observe l’esprit sous cet angle, on peut transformer le bavardage cellulaire qui perpétue le sentiment du moi.

Qu’est-ce qui pense que les chiens sont dangereux ? La réponse avait l’air évidente, mais elle ne l’est plus maintenant, n’est-ce-pas ?
La confusion est le début de la compréhension…


Ce qu'on appelle "esprit" est un phénomène très curieux. Parfois rigide et réfractaire à tous changements, il peut aussi devenir très souple pourvu que l'on fasse de constants efforts pour le transformer et que l'on se convainque, par la réflexion, que ce changement est non seulement possible mais indispensable.
Il ne suffit pas, pour cela, de faire des voeux ou des prières.
Il faut que la raison intervienne en s'appuyant sur l'expérience.
On ne doit pas non plus s'attendre à ce que cette transformation s'opère du jour au lendemain, car nos vieilles habitudes résistent à toute solution rapide.
Sa Sainteté le XIVème Dalaï-Lama

Blog/Juin 2012-l'esprit non duel

 
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