Le Zen et les Kôans - MEDITATION et Liberté Bouddhisme et Spiritualité

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Le Zen et les Kôans

Bouddhisme

Quel est le bruit d'une seule main qui applaudit ?
Une série de 8 photos à faire défiler

Cette causerie fait partie d’un koan zen. Les koans sont des énigmes sur lesquelles le disciple se concentre jusqu’à parvenir à l’éveil. Incisifs et déstabilisants, souvent paradoxaux et ironiques, ils ont pour but de faire disparaître tout point d’appui, de déloger le disciple des habitudes duelles de la pensée afin qu’il accède à la compréhension des principes fondamentaux du bouddhisme : tout n’est que production de l’esprit, il n’y a non-obstruction entre l’absolu et le monde des phénomènes.

Voilà un Kôan. Qu'est-ce que le son d'une seule main qui applaudit ?

  • On réfléchit... Y a-t-il une signification profonde cachée dans cette question ?

S'il n'y en a pas, pourquoi le Maître a-t-il posé la question ?

En fait, telle une locomotive

  • qui voit toujours les rails devant elle et se lance en avant, notre intellect établit toujours les principes de la logique et s'engage dans la recherche de la vérité.

Or, ici, les rails sont soudainement coupés, enlevés.

  • L'habitude tente encore d'établir des rails imaginaires pour que la locomotive de l'intellect puisse quand même avancer.

Mais attention !

  • avancer ici, c'est tomber dans l'abîme !

Pour savoir si l'eau d'un bol est chaude ou froide, il faut y mettre le doigt... Il ne sert à rien de discuter.
Selon une image souvent utilisée, lire des livres est la même chose que regarder le doigt qui montre la lune au lieu de regarder la lune, ou encore essayer de décrire le goût du miel sans jamais y avoir goûté.
Vous pouvez regarder une porte, la scruter si attentivement qu’à la fin vous pourrez la décrire dans ses moindres détails mais pratiquer c’est ouvrir la porte et entrer.
Un jour, un étudiant demande au Maître de lui parler du Zen.

  • Le Maître interroge : "Avez-vous pris votre petit déjeuner ?"

  • - Oui, Maître, j'ai pris mon petit déjeuner.

  • - Alors, allez laver votre bol."

Aller laver le bol, c'est aussi "aller vivre avec le Zen". Au lieu de donner à l'étudiant des explications sur le Zen, le Maître ouvre la porte et invite l'étudiant à entrer directement dans le monde de la réalité du Zen.
Il nous propose de communiquer directement avec notre "nature absolue", notre "nature de Bouddha".
Le Zen permet de nous libérer des dogmes, des préjugés, et d'empêcher le vagabondage de notre esprit dans le monde des concepts. Ce qui compte, c'est la réalité, c'est l'Eveil, c'est la Pleine Conscience !
"Apprendre le Zen, c'est nous trouver, nous trouver, c'est nous oublier, nous oublier, c'est trouver la nature du Bouddha, notre nature originelle."  
Dôgen Zenji


LE ZEN - Un apprentissage du lâcher prise fondé sur la posture assise

Pratiquant l’observation lucide on peut remarquer aussi des sensations qui se manifestent : parfois on se sent bien, parfois on a mal aux genoux ou on souffre de trop de chaleur. Zazen nous apprend à accueillir les sensations telles qu’elles sont sans s’attacher à l’agréable et vouloir le conserver, ni détester le désagréable et vouloir le rejeter. C’est le secret du zen face à la vie et la mort.
Un jour de grande chaleur un disciple avait demandé à Maître Tosan : “Maître, quand vient la grande chaleur ou le grand froid, comment les éviter ?”
- Tosan : “tu dois trouver le lieu où il ne fait ni chaud ni froid.”
- Le disciple : “quel est ce lieu ?”
- Tosan : “c’est le lieu où quand il fait chaud nous avons complètement chaud et où quand il fait froid nous avons complètement froid.”
L’attitude non dualiste par laquelle on peut s’harmoniser avec l’ordre cosmique est celle où l’on est un avec la chaleur sans regretter la fraîcheur : à ce moment-là toute opposition entre chaud et froid disparaît.

Le Bouddhisme Zen est constitué de deux principales écoles : le Soto et le Rinzai.

  • L’école Zen Soto se base un peu plus sur la méditation assise : la pratique Zazen. Il s’agit d’une pratique permettant d’ouvrir la porte à une connaissance plus approfondie et intime du soi.

  • Alors que l’école Rinzaï se base davantage sur le kôan.



LES ORIGINES
Les Occidentaux se font souvent une fausse idée du zen, en le décrivant comme un ensemble de pratiques japonisantes, entre philosophie et art de vivre : cérémonie du thé, art des jardins, arts martiaux... En réalité, le zen est une branche du bouddhisme mahayana (Grand Véhicule), centrée sur la méditation. Apparu dans le nord de l'Inde au début de notre ère, il s'est diffusé en Chine, en Corée et au Japon, à la fin du XIIème siècle.
LES MAITRES
L'enseignement de Bouddha, premier maître zen dans la tradition, fut transmis oralement par une lignée de patriarches, parmi lesquels, Bodhidharma, le moine qui l'introduisit en Chine au VIème siècle. En Occident, l'homme qui a le plus contribué à diffuser le zen est Taisen Deshimaru, qui fonda plus d'une centaine de dojos en Europe, dans les années 1960-1970.
LES PRINCIPES
Pour l'école principale du bouddhisme zen (école Soto), la méditation est indissociable de la posture dans laquelle on la pratique. Baptisée zazen, il s'agit d'une position assise, en lotus, en demi-lotus, ou en tailleur, selon la souplesse du méditant. En se focalisant sur cette posture, et sans autre but que son maintien, le méditant parvient à un état de paix intérieure, et de non pensée, ou plutôt "au-delà de toute pensée".
LA PRATIQUE
"Asseyez-vous en zazen... et c'est tout", disait l'un des maîtres de Taisen Deshimaru. Assis sur un zafu (coussin rond), la colonne vertébrale bien droite et la nuque tendue, le pratiquant se concentre sur sa posture. Il laisse passer les pensées qui traversent son esprit comme des nuages dans le ciel, sans s'en soucier, et en revenant toujours à la conscience de son corps assis.

UN ITINERAIRE HORS DES SENTIERS BATTUS
"Le but suprême du voyageur est de ne plus savoir ce qu'il contemple.
Chaque être, chaque chose est occasion de voyage, de contemplation."  
Lie t'seu.

L'ART DU KOAN ZEN

EXTRAITS DE L'EMISSION Sagesses bouddhistes

Sandrine Colombo : Cette émission est consacrée aux kôans, courts échanges entre maître et disciple, petits textes extrêmement déconcertants, difficiles à définir d’ailleurs, une transmission d’origine chinoise qui mène à dépasser le raisonnement intellectuel. Derrière l’absurdité apparente de ces petits dialogues existe un sens qui sert à mener vers l’Eveil, mais aussi à transformer sa vie au quotidien. Depuis neuf siècles, les kôans cherchent à provoquer une modification dans l’attitude mentale de ceux qui les pratiquent. Pour en savoir plus sur ces petits textes, nous avons invité Taïkan Jyoji, maître dans la tradition zen rinzaï. Il enseigne dans le centre qu’il a fondé en Ardèche, la Falaise Verte et a écrit sur l’art des kôans. Qu’est ce qu’un kôan ?

Taïkan Jyoji : C’est une question qui apparaît d’une manière peut-être absurde, mais qui ne l’est pas vraiment, qui contient un sens profond et qu’il faut découvrir.

S.C. : D’où viennent-ils et qui les a écrits ?

T.J. : Il y a deux recueils de kôans importants. Le premier contient une centaine de kôans, le deuxième quarante neuf et lorsque qu’un disciple de l’école rinzaï rentre dans un monastère, rapidement, le maître lui donne un premier kôan sur lequel méditer. Méditer, cela n’est pas dans le sens réfléchir à un thème, mais c’est d’arriver à trouver une réponse qui sorte du rationnel et de la logique. Un peu comme si on devait plutôt faire appel à son cerveau droit et non à son cerveau gauche. Il existe mille sept cent kôans répertoriés, mais chaque moment de la vie peut être un kôan en soi. Une des dernières paroles du Bouddha avant de mourir a été : «Faire en sorte que les êtres humains arrivent à la libération.» Pour cela, on a besoin d’un outil. Il en existe de nombreux. Le kôan fait partie des outils qui permettent d’arriver à la libération.

S.C. : Est-ce qu’ils sont propres à l’école rinzaï  ?

T.J. : Absolument. Cela ne veut pas dire que dans l’école sôtô, on ne se penche pas sur les kôans. Mais la manière de les pratiquer est tout à fait unique dans l’école rinzaï du zen. Les monastères rinzaï au Japon – et j’imagine, en Chine, cela doit être la même chose, mais on n’a plus beaucoup de traces – sont conçus pour qu’on puisse se consacrer globalement à la pratique du kôan, mais malgré le fait que l’organisation des monastères est conçue pour s’y adonner complètement, en fait on n’y arrive pas, ou on y arrive par intermittence, par moments seulement. Et pour un laïc, c’est encore plus difficile. Lorsque quelqu’un est engagé dans une vie professionnelle, sociale, familiale, comment, en plus, se consacrer à la pratique du kôan ? C’est très difficile. C’est la raison pour laquelle le kôan n’est pas forcément recommandé pour tout le monde.

S.C. : Vous-même par exemple, vous enseignez le kôan ?

T.J. : Cela dépend des cas. C’est un peu au cas par cas.

S.C. : On va très vite donner un exemple pour savoir à quoi cela ressemble. Je vais lire le chien de Zaozu : Un bonze demande au maître Zaozu : «Un chien a-t-il la nature de Bouddha ?» Zaozu répondit : «Wu» (= vide)

T.J. : Alors, quel est le sens de ce Wu ? Est-ce que vous avez une idée, vous ?

S.C. : C’est quelque chose qui effectivement marque un arrêt dans le début de réflexion qu’on pourrait avoir pour donner une réponse..

T.J. : Voilà et peut-être qu’il faut arriver à se couper de cette réflexion intellectuelle. Il existe d’autres kôans comme la bannière qui est en train de flotter au vent : Deux bonzes sont devant l’entrée du monastère où se trouve cette bannière. L’un dit : «Regarde cette bannière comme elle flotte.» Et l’autre répond : «ce n’est pas la bannière qui flotte, c’est le vent.» Et ils commencent à discuter pour savoir qui a raison. Et le maître, qui n’était pas très loin, entend ces deux bonzes converser et il leur dit : «Ce n’est pas le vent, ce n’est pas la bannière, c’est votre esprit qui flotte.» Donc, arriver à ce qu’on n’ait plus de pensée : c’est ceci, c’est cela. Le kôan est passé maître pour arriver à faire cette coupure. Faire en sorte que simplement il y ait une bannière qui flotte et c’est tout.

S.C. : Il ne faut pas chercher d’explication rationnelle, conventionnelle ?

T.J. : Voilà. Mais arriver à simplement supprimer l’explication ne se fait pas en un tour de main. On dit que Chao chu a mis six ans avant de trouver la réponse au kôan que son maître lui a posé : «Le chien a-t-il la nature du Bouddha ?». Alors le chien, il ne faut pas trop s’en occuper. Il s’agit de soi-même. Est-ce que moi-même, est ce que vous-même, vous avez la nature de Bouddha ? Cela ne suffit pas de dire oui. On dit que tout le monde a la nature de Bouddha. Cela ne suffit pas de le savoir. Encore faut-il le réaliser. Il y a des sous-kôans, des kôans tests autour de ce premier kôan, posé en général au disciple entrant dans un monastère. L’un d’entre eux est le suivant : «Au fond de la mer, il y a un trésor. Comment le ramener à la surface sans se mouiller ?» Le kôan met l’accent sur le trésor qu’il y a à l’intérieur de nous-mêmes. Et ce trésor, il faut l’actualiser, le rendre vivant. Il faut faire en sorte qu’il brille. C’est un peu le but des kôans. C’est un outil qui permet de réaliser sa véritable nature.

S.C. : Mais comment le pratique-t-on, cet outil ? Est-ce que, chaque jour, on essaye d’en mémoriser un, d’en lire un ?

T.J. : Cela peut aller de quelques mois à quelques années, pour résoudre un kôan dans le zen ou quelques jours. En général, on n’en fait pas un thème de réflexion. C’est en approfondissant sa méditation qu’une réponse se formule, à l’intérieur de soi. Et là, on va la transmettre au maître, qui l’accepte ou la refuse. S’il la refuse, c’est que c’était une réponse qui n’était pas adéquate, pas correcte, qui manquait de profondeur. Alors on retourne sur son coussin de méditation et on se remet au travail pour approfondir encore plus sa méditation. On voit souvent des personnes qui réfléchissent pour donner une réponse intellectuelle au kôan, mais on n’arrive pas vraiment à une réponse zen. Prenons un exemple : si je vous pose la question : «Est-ce que vous pouvez définir le phénomène de la soif ?" La manière zen de répondre au phénomène de la soif, c’est de prendre un verre d’eau, de le boire et d’avoir un contentement du fait qu’on a étanché sa soif.

S.C. : Est-ce que les kôans sont arrêtés à une époque donnée ? Ils sont nés, il y a dix ou douze siècles. Est ce qu’ils continuent à exister ? Vous disiez tout à l’heure qu’on pouvait en trouver dans la vie quotidienne. Est-ce que cela veut dire qu’il y a une fabrication de kôans par les maîtres ?

T.J. : Aujourd’hui, les kôans ont été systématisés et on s’en tient là. Bien sûr, on pourrait innover et créer de nouveaux kôans. Mais avec les mille sept cents kôans qui existent, il y a de quoi faire et ils balayent tous les secteurs de la vie. Il faudrait être un maître hors classe pour se permettre de créer de nouveaux kôans.

S.C. : Est-ce qu’ici, en Occident, on peut étudier ou pratiquer les kôans ?

T.J. : Bien sûr la lecture du kôan est toujours possible. Il existe des ouvrages sur les kôans zen, mais un maître avec qui pratiquer le kôan … Comme j’aime bien le dire pour plaisanter, il y a deux grands maîtres de zen, l’autre est mort. Pour pratiquer un kôan avec un maître, il faut être un moine ordonné et pratiquer à plein temps dans un temple, un centre ou un monastère. Sinon, cela revient à mettre une bouilloire à côté d’un réchaud pour avoir de l’eau chaude, on n’aura toujours que de l’eau tiède.

S.C. : Pour vous-même, les kôans gardent une part d’énigme ?

T.J. : Toujours. Il y a une réponse traditionnelle au kôan. Lorsqu’on va donner sa réponse, à quelques virgules près, on n’est pas exactement dans les traditions des réponses des kôans, mais le maître sent bien si on a trouvé la réponse. A ce moment là, il donne la réponse traditionnelle et immédiatement, un nouveau kôan pour enchaîner.

S.C. : Je vous remercie Taïkan Jyoji, d’avoir répondu à ces questions difficiles sur les kôans.


LE KOAN DE L'INTIME
De l'émission Sagesses Bouddhistes

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Le cercle Zen/BLOG de Janv 2016
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