Le karma - MEDITATION et Liberté Bouddhisme et Spiritualité

Aller au contenu

Le karma

Philosophie

Notre prochaine incarnation est régie par notre karma


Pourquoi j’ai fait ça ? D’où ça vient ? Savoir s’observer soi même dans la méditation de la vision pénétrante et dans l’attention dans la vie quotidienne et se prendre soi même sur le fait d’être conditionné.

Voici une magnifique description de la loi du karma

Semer une pensée, vous récoltez un acte... Semer un acte, vous récoltez une habitude... Semer une habitude, vous récoltez un caractère... Semer un caractère, vous récoltez une destinée.

Autre image : celle du boomerang. Vous l'envoyez dans le sens de votre désir, il vous revient avec les conséquences de la jouissance de l'objet désiré... Nous sommes les champions du boomerang. Mais attention parfois aux retours !

Le karma se définit comme la loi de cause à effet. Ainsi, par des actions de corps, de parole ou d'esprit, une personne produit la cause des effets futurs. Il est de même pour tous phénomènes. De ce fait, les croyances bouddhiques n'impliquent aucune notion créationniste (un être divin qui aurait créé toutes choses et qui serait responsable de les maintenir ou de les détruire).
Au contraire, tout phénomène surgit de cette chaîne de cause à effet. De cette manière, le karma accumulé est responsable des conditions de notre prochaine renaissance. Ma présente vie en tant qu'être humain résulte du karma bénéfique que j'ai accumulé dans mes vies antérieures et mes vies futures dépendent de mes actions passées et présentes.

Attention par contre. Le bouddhisme n'accorde aucune importante particulière aux vies antérieures. Elles sont passées, que puis-je y faire? Il est donc préférable de s'occuper du présent puisque que ce n'est qu'à ce moment que je peux pleinement prendre conscience de mes actions et de leurs conséquences.
Nous sommes ainsi directement responsables de ce qui nous arrive, des conséquences du karma. C'est nous qui avons créé ce karma par nos différentes actions passées.le karma n'est pas comme le destin. Notre karma peut être modifié par les actions que l'on pose maintenant au contraire du destin qui est inévitable. Il faudra à tous coups récolter les effets des actions commises, tant bénéfiques que néfastes. Ma vie présente, dans les conditions où elle se trouve, est le fruit des actions de mes vies et actes passés. Il en est ainsi pour le futur.

Pourquoi surviennent le bon et le mauvais : le karma

L’énergie qui propulse l’esprit ne lui est pas extérieure. Le Bouddha nomme cette force Karma. Elle se produit naturellement. Le Bouddha n’en eut pas la révélation, pas plus qu’il ne l’inventa ; à l’instar d’un scientifique, il observa ce qu’il en était.
Le karma est le processus naturel de cause à effet qui se produit dans l’esprit et la vie de tous les êtres vivants.
Tous nos sentiments et toutes nos pensées, tout ce que nous faisons physiquement et que nous exprimons par la parole, sont des karmas, des actions, qui apporteront obligatoirement des réactions dans le futur. Naturellement, comme les graines,
Toutes les actions positives se transforment ultérieurement en bonheur (sensations et expériences agréables)
Et les négatives, en souffrance (sensations et expériences douloureuses).
Le karma est une loi naturelle. Personne d’autre n’est impliqué dans ce processus pour nous punir ou nous récompenser. Contrairement à nos croyances profondes qui attribuent tout ce qui nous arrive à quelqu’un d’extérieur (Dieu nous a créé, nos amis créent notre bonheur, nos ennemis créent notre souffrance), Bouddha dit qu’en effet :
Nous sommes les créateurs de nos propres expériences, de notre personnalité même.
Notre esprit arrive dans cette vie complètement programmé par  nos actions passées qui, telles des graines, s’épanouissent en tant que tendances et expériences personnelles. La force de notre karma passé nous propulse, d’instant en instant, de vie en vie.
D’instant en instant, nous nous créons.
L’erreur fréquente est de penser que le karma n’est lié qu’aux mauvaises choses et de nous en servir comme d’un gros bâton pour nous battre. Mais toutes les bonnes choses qui nous arrivent dans cette vie (notre vie humaine elle-même, la santé, la possibilité de trouver du travail, nos qualités) sont aussi les résultats de nos actions passées.
Il n’y a rien que nous expérimentions (bon ou mauvais) qui ne soit le résultat de nos actes passés.
Nous serions stupéfaits et ravis si nous réalisions combien nous avons dû travailler dur dans les vies passées pour être simplement ce que nous sommes maintenant.
• Alors, comment appliquer le karma, la loi de cause à effet dans ma vie ?
En me rappelant que ma souffrance et mon bonheur sont le résultat de mes actions passées, j’obtiens la capacité d’agir.
• Si je suis la cause principale de ce que je suis, il s’ensuit donc que je suis la cause principale de ce que je peux devenir. Ma vie est entre mes mains.
• C’est à moi de décider. Je suis le patron.
Etant donné que je ne veux pas souffrir et que je veux obtenir le bonheur dans l’avenir, il en découle que je dois semer les graines maintenant : je dois me conformer à la loi du karma,
• Ne pas nuire aux autres,
Tenter de les aider
• Eliminer les perturbations de mon esprit.

Telle est la pratique du Bouddha.

Malléable, l’esprit est capable de changement. Apprenons donc à voir dans quelle mesure nous pouvons le transformer, identifions les moyens qui permettent d’y parvenir et mettons-les en œuvre.
Le samsara, ou cercle des existences, et le nirvana, son dépassement, ne sont pas comme des lieux géographiques éloignés l'un de l'autre. Ce sont deux états de l’esprit.
Le samsara est une déviation par rapport à la connaissance, une vision distordue de la réalité qui assujettit l’esprit aux émotions négatives, tandis que le nirvana est un état de liberté intérieure, affranchi de tout obstacle conceptuel et émotionnel.




Alors, qu’est ce qui est bon ou mauvais dans la conception du karma ?

Le bien ne vient pas tout seul, encore faut-il savoir le cultiver. C’est à moi d’abord, à me prendre en charge et par la même occasion, j’ai à prendre en charge moi-même et autrui. C’est un peu compliqué, mais ça apparaît par la suite.
Quoique je fasse, j’en supporte les conséquences. Je suis entièrement responsable de mon passé et je dois l’assumer. Je ne peux pas dire : c’est la faute des parents, de mon banquier, de ceux qui ne pensent pas comme moi… Nous sommes toujours entrain de nous débarrasser  de notre responsabilité sur quel qu’un d’autre. Nous sommes totalement responsables de ce que nous sommes. Nous avons à répondre de ce que nous sommes.

Exemple :
Si je suis renversé dans la rue par un fou, qui court et qui me jette par terre, et que je me casse la jambe,

  • le fou est responsable, au moins sur le plan civil, de m’avoir renversé,

  • mais moi, je suis responsable d’avoir été renversé et je suis responsable de ma jambe.


C’est ma jambe que l’on va plâtrer et pas celle du fou...
et c’est moi qui devrai faire des exercices de kinésithérapie pour retrouver un bon usage de ma jambe.
Ca c’est ma responsabilité ; La responsabilité de l’autre c’est de n’avoir pas regardé et d’avoir couru comme un fou...
ça sa sera l’affaire de la police éventuellement ou du service de psychiatrie.

Je suis totalement responsable de mon futur. Personne ne peut faire à ma place ce que je dois faire pour me transformer. Dans le canon bouddhiste il est dit : les êtres sont possesseurs de leurs actes, héritiers de leurs actes, leurs actes sont les germes d’où ils s’élancent, ils sont liés par leurs actes, leurs actes sont leur refuge – positif ou négatif – quels que soient leurs actes bons ou mauvais, ils en recevront l’héritage.
J’ai à assumer l’héritage. Si je suis l’héritier de quelqu’un, je dois assumer le passif et l’actif. Mais à partir du moment ou j’ai reçu l’héritage en toute propriété, ma responsabilité est de le faire fructifier. Personne ne le fera fructifier à ma place.
Donc, si je considère les choses de façon positive, je vais utiliser de façon sage, intelligente et adaptée et donc bénéfique, l’héritage que j’ai reçu. De toute façon c’est mon héritage, comme le dit la sagesse populaire : je vous souhaite de fleurir là où vous avez été semé… - Ce n’est pas bouddhiste, mais c’est français - et c’est la même sagesse –
Donc, c’est à moi à cultiver ces graines, de les arroser, d’enlever les mauvaises herbes qui pourraient les étouffer et de permettre le développement maximum dont elles sont capables.
J’ai toujours la liberté de dire oui ou non, mais je n’ai pas la liberté de changer les graines telles qu’elles sont plantées aujourd’hui, mais j’ai la possibilité de les cultiver ou pas – Si je fais bien, dans le premier cas, j’aurai un beau jardin, dans le deuxième cas, ce sera abominable. Si je n’accepte pas, je me désespère, j’accuse les dieux, la sécurité sociale, les partis politiques ou je ne sais quoi, je me lamente et je ne fais rien de bon.
Alors, qu’est ce qui est bon ou mauvais dans la conception du karma ? C’est bon ce qui a des conséquences heureuses pour la santé physique ou mentale de moi ou d’autrui. Le critère c’est ce qui apporte la santé physique et mentale.
Sur le plan mental est bon ce qui favorise le calme, le bonheur et la lucidité. Si la façon dont je me comporte me permet d’avoir un esprit calme, c’est parfait ; Si par contre : un exemple : je cambriole une banque tous les matins et que je passe le reste de la journée à me demander si la police va m’attraper, je vais peut être améliorer le contenu de mon portefeuille, mais je vais certainement diminuer ma tranquillité mentale. Donc, si je cultive des causes d’inquiétudes ou de remord, je vais agir mal et c’est une erreur qu’il faudra que je corrige rapidement. L’état normal de l’homme, c’est le bonheur, et l’état normal c’est la lucidité.

Si je cultive tout ce qui passionne, tout ce qui excite, tout ce qui détruit le jugement des idées à priori et du prêt à porter que je trouve tous les jours à la télévision : «on l’a dit, donc c’est vrai et je l’accepte» C’est un crime contre l’esprit
Je dois avoir un esprit critique, réfléchit, qui doit voir si c’est vraisemblable ou pas, donc, je dois exercer sans cesse ma sagesse.
Ca c’est bon et si je ne le fais pas, c’est mauvais. Voilà les critères du bien et du mal. Le mal consiste en l’augmentation de l’ignorance ou des illusions, des désirs, des attachements, des passions qui troublent la sérénité de l’esprit et qui empêche le bonheur – chez moi et chez autrui.

LE KARMA COLLECTIF
Le dernier problème, qui complique tout, est que sous le karma individuel se trouve le karma collectif.

Avant de lire l'enseignement sur le karma collectif, par le Vénérable Thich Nath Hanh, regardons ce clip video du magnifique film "la liste de Schindlers" ... et méditons !

Nous sommes aussi solidaires et responsables de ce qui a été fait en notre nom ou de ce dont nous avons profité. Il y a d’abord un karma familial, qu’explore la psycho-généalogie, et combien de patients s’écrient au milieu de leur cure : « mais ce ne sont pas mes problèmes, ce sont ceux de toute ma famille dont je me suis chargé. M’en voici donc délivré par cette découverte».
Cette responsabilité collective combien la refusent et ne veulent pas l’assumer, en se créant un karma négatif supplémentaire. Non seulement nous supportons le karma collectif de notre famille et de nos ancêtres, mais aussi celui de notre village ou ville, de notre culture, de notre langue, de notre nation et de la race humaine.



ETREINDRE SA DOULEUR - par le Vénérable Thich Nhat Hanh


L'espèce humaine,
et la planète Terre...
sont un seul corps

ASIE - 26 DEC 2004 à 00h58'53"UTC
un tremblement de terre provoque un tsunami.
Bilan : entre 216000 et 232000 morts.
<< Cliquez sur la photo pour agrandir

Comment expliquer le désastre du tsunami en Asie, et apaiser notre chagrin ?
Dans cet extrait, Thich Nhat Hanh, le célèbre moine bouddhiste vietnamien, poète et défenseur de la paix, nous offre des paroles de sagesse pour nous réconforter.

Ceci est un extrait d'un enseignement du dharma donné par le maitre de méditation Thich Nhat Hanh, au village des Pruniers, France, le 30 décembre 2004.

L'humanité toute entière est en deuil. Durant ces derniers jours j'ai offert de l'encens et récité le nom de Bouddha tous les jours pour envoyer de l'énergie aux victimes et à leurs familles. Le monde entier est ébranlé par le désastre en Asie du sud est. Ce sont l'Indonésie et le Sri Lanka qui ont le plus souffert. Le tsunami a même atteint les rivages de l'Afrique et des centaines de personnes sur la côte africaine ont perdu la vie. Bien que nous soyons assis ici, une part de notre cœur et de notre corps est morte avec elles.

Beaucoup de gens des pays d'Europe du nord comme la Suède étaient partis en vacances dans cette région à la recherche d'un endroit calme, non pollué et chaud pour se reposer, et en un instant, le tsunami les a emportés. Les scientifiques disent que si l'Asie du Sud-Est avait eu un système d'alerte, quelques personnes auraient pu éviter la catastrophe. Un système d'alerte aurait pu donner aux gens quatre heures pour quitter la zone côtière. Cependant, même s'il y avait eu un système d'alerte comment la population aurait-elle pu être alertée : ceux qui n'ont pas la radio, la télé, ceux qui travaillaient en mer ou sur le rivage, les enfants ?
Les occidentaux qui ont perdu la vie dans le tsunami étaient pour la plupart des vacanciers venus pour échapper au temps froid hivernal, mais certains de ceux qui sont morts étaient là pour y faire un travail charitable. Ils n'étaient pas venus en vacances mais pour offrir leurs services.

Cet évènement catastrophique nous pousse à réfléchir
profondément et à considérer la condition de l'espèce humaine. Dans le Christianisme, la question de la raison de l'existence de la souffrance a fait l'objet de débats pendant des siècles. Pourquoi Dieu, qui a créé le monde avec toutes ses espèces, a-t-il permis une telle souffrance ? Ce fut de tout temps un sujet de réflexion pour les théologiens.
Dans le bouddhisme nous parlons de Cause et d'Effet. Nous disons que nous devons supporter les conséquences de nos actions. Pourtant les gens se demandent : "Comment des enfants de trois ou cinq ans peuvent-ils avoir commis des actes suffisamment mauvais pour en perdre leurs parents ou leur propre vie ?". Comment peut-on expliquer la loi du Karma ?
Que nous soyons chrétiens ou bouddhistes, ce désastre nous pousse à nous interroger. Les croyants chrétiens se demandent : "Comment Dieu, qui aime l'humanité, peut-il laisser arriver de telles choses ?". Les bouddhistes se demandent : "Comment des gens qui étaient venus avec les meilleurs intentions pour aider les autres, et faisaient un travail charitable, ou des enfants innocents, ont-ils pu commettre des crimes tels qu'ils sont morts de cette façon ?".

Certaines personnes disent que même si durant cette vie ils n'ont pas commis de crimes, ils peuvent l'avoir fait dans une vie passée. Nous essayons de trouver des réponses comme celle là.
Le poète français Victor Hugo perdit sa fille de 20 ans alors qu'il avait lui-même une quarantaine d'années. Son nom était Léopoldine. Il en souffrit beaucoup et demanda à Dieu pourquoi cela lui était arrivé à elle. Elle aussi s'était noyée. Une tendre fleur à peine ouverte brutalement entraînée au loin par une vague.
Quand sa fille mourut, il revint dans son village natal, Villequier. Dans le poème intitulé "à Villequier", il dit : "L'humanité ne peut voir qu'un coté de la réalité. L'autre côté est plongé dans la noirceur d'un effrayant mystère. L'humanité porte le joug sans savoir pourquoi. Tout ce qu'elle voit est futile, fugace et de courte durée".
Victor Hugo en appelle à Dieu : "Je viens à toi, Seigneur, le Père en lequel nous devons croire. Calmement je vous apporte les morceaux de mon cœur, rempli de votre gloire, que vous avez brisé. J'accepte que vous seul sachiez ce que vous faites, et que l'humanité ne soit qu'un roseau qui tremble sous le vent."

L'Homme est impuissant, l'homme n'a pas de valeur. C'est notre condition. Seul Dieu sait ce qu'Il fait et nous, Ses créatures, ne comprenons pas ce qu'Il fait. Les théologiens ont essayé de donner des explications. Certains disent que sans souffrance nous ne grandirions pas. Alors Dieu veut que nous portions le deuil et que nous souffrions pour avoir une chance de grandir. Certaines personnes peuvent accepter ce genre de raisonnement, mais d'autres non.
Au village des Pruniers, nous avons souvent étudié la renaissance et le cycle du Samsara. Nous savons que dans le bouddhisme populaire, les enseignements sur la renaissance son basés sur la croyance en un Soi, ou en l'âme. Il est dit que quand quelqu'un meurt, il renaît sous la forme d'une autre personne ou d'un animal. Il y a une croyance dans la continuation. Quand nous mourons, nous ne cessons pas complètement d'exister. Nous continuons sous une forme différente et c'est ce que nous appelons le cycle de la naissance et de la mort. Nous avons appris cependant, que dans les enseignements bouddhistes plus profonds, nous devons comprendre la renaissance à la lumière du non-soi. La base des enseignements bouddhistes est l'enseignement du non-soi. Si nous comprenons la renaissance, la cause et l'effet de nos actions en termes de Soi, nous n'avons pas encore atteint les niveaux les plus profonds des enseignements bouddhistes.
De la même manière, le problème du mal doit être résolu à la lumière du non-soi.

Quand les gens demandent : "Pourquoi dois je subir la souffrance et les calamités, pendant que d'autres vivent sans soucis ?" et " Pourquoi un enfant innocent doit-il supporter une si terrible détresse ?" La plupart des réponses que nous recevons à ces questions sont basées sur l'idée d'un soi séparé des autres. Nous savons que tant que nous basons notre réflexion sur l'idée d'un soi séparé des autres, nous n'avons pas trouvé de réponse cohérente avec les enseignements du Bouddha.Toutes les questions de cause et d'effet, de rétribution et de renaissance doivent être résolues à la lumière des enseignements du non-soi. Nous avons étudié le Karma suivant les enseignements de la psychologie bouddhiste de l'école de l' "Apparence seulement", et nous avons vu qu'il y a à la fois un karma individuel et un karma collectif.
On pourrait s'attendre à ce que les gens du Sud-Est asiatique qui y sont nés, y ont grandi, et y ont fait leur vie soient tués par le tsunami qui s'y est produit; mais pourquoi des dizaines de milliers d'occidentaux y sont-ils allés pour y trouver la mort ? En ce moment il y a des milliers d'occidentaux qui ne savent pas si leurs proches ont survécu, et avec chaque heure qui passe leur espoir s'amenuise.
Quand un avion explose et s'écrase et que presque tous les passagers meurent sauf un ou deux, on se demande : " Pourquoi ? Pourquoi ne sont-ils pas tous morts ? Pourquoi un ou deux ont-ils survécu ?" Cela nous montre que le karma a à la fois un aspect individuel et collectif. Quand nous avons découvert ce principe de l'individuel et du collectif, nous avons déjà commencé à résoudre une part importante du problème. Si nous continuons dans le sens de la perception du non-soi, nous découvrirons graduellement des réponses plus proches de la réalité.
Pendant la guerre du Vietnam, et le pays et sa population ont subi d'énormes destructions. Pourquoi ces deux millions de personnes sont-elles mortes alors que d'autres millions non ? En y regardant de plus près nous verrons que même ceux que ne sont pas morts, sont, d'une certaine manière, morts eux aussi.
Il est clair que quand quelqu'un que nous aimons meurt, la personne qui meurt souffre moins que celle qui lui survit. C'est pourquoi la souffrance est un sujet collectif et non individuel.

Victor Hugo, en tant que poète, cherchait et réfléchissait profondément et par conséquent beaucoup de ses poèmes sont de nature contemplative. Ses poèmes contemplatifs sont réunis dans un ouvrage appelé Les Contemplations. Contempler veut dire regarder profondément. Victor Hugo avait aussi compris que le destin humain est un destin collectif, et il a perçu le non-soi dans tout ce qui est. Si un accident quelconque arrive à un membre de notre famille, toute la famille souffre. Quand un accident arrive à une partie de notre nation, il arrive à toute la nation. Quand un accident arrive à une partie de la planète Terre, il arrive à toute la planète, et tous ensemble nous le supportons.
Quand nous voyons que leur souffrance est notre propre souffrance, et leur mort notre mort, nous avons commencé à voir la nature du non-soi. Quand j'allume de l'encens et que je prie pour ceux qui sont morts dans le désastre du tsunami, je vois clairement que je ne prie pas seulement pour ceux qui sont morts mais que je prie aussi pour moi, parce que moi aussi je suis une victime de ce tremblement de terre.
Nous aussi nous sommes morts. Il n'y a pas que 155 000 morts. Chaque fois que nous aimons, nous comprenons que la personne que nous aimons c'est nous-mêmes, et si l'être aimé meurt, nous mourons aussi. Bien que nous soyons assis ici et que nous ayons l'impression d'être en vie, en fait nous sommes morts nous aussi. Tout ce qui affecte une partie du corps affecte le corps tout entier.

L'espèce humaine et la planète Terre sont un seul corps. J'ai le sentiment que notre planète Terre souffre, et que le tsunami est le cri de la terre alors qu'elle se tord de douleur : une lamentation, un appel au secours, un avertissement.
Nous avons vécu ensemble si longtemps sans compassion ni amour les uns pour les autres. Nous nous détruisons ; nous abusons de notre mère la Terre. Alors la Terre s'est retournée contre nous, a gémi, a souffert. La Terre est la mère de toutes les espèces. Nous nous faisons souffrir et nous faisons souffrir notre mère. Ces tremblements de terre sont des appels à l'attention. La douleur d'une partie de l'humanité est la douleur de toute l'humanité. Nous devons le voir et nous réveiller.
Dans le passé, chaque fois qu'il y avait un désastre naturel, comme une inondation, un tremblement de terre ou une épidémie, les dirigeants des pays d'Asie croyaient que c'était parce qu'ils n'avaient pas été à la hauteur de leurs responsabilités que ce désastre naturel s'était abattu sur leur pays et leur population.
Quand un désastre naturel se produisait, les dirigeants d'Asie s'engageaient à être végétariens, à dormir sur une natte posée à même le sol, et à prier. Les ministres de la cour étaient eux aussi végétariens, dormaient sur le sol et priaient pendant de nombreuses semaines. Il y a quelque chose de très recommandable à cela. Cela veut dire que le roi a compris ses responsabilités. Il a vu qu'il avait vécu et dirigé d'une manière telle qu'il avait permis à ces désastres d'arriver à son pays. Manger végétarien et dormir à même le sol c'était la façon qu'avaient le roi et ses ministres de prendre un nouveau départ. Il y a là quelque chose de très beau. Mais nos propres hommes politiques ne voient pas la vie de cette façon, et cette coutume n'existe plus.
Nous ne sommes ni hommes politiques ni rois, mais quand nous voyons la souffrance et les malheurs qui arrivent à la Terre et à l'espèce humaine, nous devrions nous aussi manger végétarien et dormir sur le sol. Nous aussi nous devons nous renouveler et nous améliorer, car le karma est collectif.
Nous tous, d'une certaine manière, avons contribué à ce karma collectif. Un désastre qui arrive à n'importe quelle partie de notre planète terre ou à l'espèce humaine est quelque chose dont nous avons tous à porter une part de responsabilité. Quand d'autres meurent, nous mourons ; quand d'autres souffrent, nous souffrons. Quand d'autres sont désespérés, nous sommes désespérés. C'est cela la perception du non-soi.

La perception de Victor Hugo est le début de la découverte et de la compréhension qui va au-delà de l'idée d'un soi séparé des autres. Quand on voit le non-soi dans la nature des événements douloureux, on peut les accepter et ne pas se plaindre à Dieu, ou protester contre le lot de l'humanité.
Dans le Tao Te Qing (un ouvrage taoïste) on trouve les mots : "Les cieux et la Terre sont injustes s'ils considèrent toutes les espèces comme des chiens de paille. Les saints sont inhumains si eux aussi considèrent toutes les espèces comme des chiens de paille."
Les "Chiens de paille" sont ceux indignes de considération, sans aucun intérêt. Si les cieux et la terre donnent naissance à d'innombrables espèces uniquement pour qu'ils puissent souffrir et mourir, alors la Terre et les cieux sont vraiment inhumains.
Les "Saints" ici sont les dirigeants, les empereurs. Les ordres de l'empereur étaient considérés comme de saintes directives. Les opinions de l'empereur étaient considérées comme de saintes pensées. Les dirigeants peuvent déterminer la destinée de la population. Ils décident s'ils doivent soumettre la population ou s'ils doivent faire la guerre, et alors ils peuvent être inhumains tout comme la Terre et les cieux. Ces mots sont des protestations contre le sort de l'humanité. Nous allons bientôt réciter les noms de notre maître le Bouddha, et des bodhisattvas Manjushri, Samantabhadra et Avalokisteshvara. En tant que Sangha, nous devrions produire l'énergie de la compassion et de l'attention. Nous devrions étreindre la planète Terre en priant pour les victimes et leurs familles qui les pleurent.
Quelques-uns peuvent trouver une épaule pour pleurer. D'autres n'ont personne à leurs côtés lorsqu'ils pleurent. Nous devrions prier pour nous-mêmes car nous sommes aussi les victimes de l'affreux désastre qui vient juste de se produire.

S'il vous plait regardez attentivement. Il y a une chance pour nous d'approfondir notre compréhension. Que vous soyez de tradition Chrétienne, Juive ou Bouddhiste, vous devez regarder attentivement. La clé de notre contemplation c'est le non-soi.
Victor Hugo était chrétien ; il a trouvé un chemin pour aller au-delà du soi séparé des autres. Nous devons regarder attentivement pour voir que nous sommes les morts. Nous sommes cet orphelin, cet enfant c'est nous. C'est seulement en contemplant de cette façon que nous pouvons accepter et soulager la douleur effrayante que nous ressentons maintenant.
Traduction Christian Ousset.

Il est temps maintenant de comprendre l'enseignement du Bouddha

L'enseignement

Retourner au contenu | Retourner au menu