La nécessité d'être seul - MEDITATION et Liberté Bouddhisme et Spiritualité

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La nécessité d'être seul

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LA NECESSITE D'ETRE SEUL

LA SOLITUDE : Se ressourcer dans un esprit de bonne solitude est un luxe et une nécessité que l’on doit s’accorder. Mais cette « solitude » il ne faut pas la confondre avec l’isolement, le manque ou l’abandon ! Cette solitude choisie est loin d’être un enfermement, une pauvreté : c’est un état d’heureuse plénitude. Non seulement parce qu’elle offre la clé de la vie intérieure et créative, mais parce qu’elle est disponibilité et chemin d’apprentissage de l’amour. Il n’est pas de liberté de l’individu sans ce recueillement de la pensée, sans cet ermitage du cœur.

Mourir pour renaitre ou mourir à son vieux corps !
Krishnamurti* a fondé sa pensée que le changement de la société, ne pouvait que passer que par le bouleversement radical de l’individu. C’est en sorte, mourir à son vieux corps, afin d’accéder à une vraie liberté, que ni les religions, ni les idéologies de toutes sortes, ne sont capables de produire.
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Jiddu Krishnamurti (1895-1986) est un philosophe d'origine indienne promoteur d'une éducation alternative. Apparue au sein de la théosophie et de la contreculture des années 1960, sa pensée exerça une influence notable sur des auteurs et des personnalités de différentes disciplines.
à Claudy et Régine à la recherche de leur solitude


Dans le « Tout ce qui est à Moi est à Toi » ne saurait effacer cette distinction irremplaçable : « Tout ce qui est Moi n’est pas Toi »

L'esprit de solitude, Un art d’aimer

Deux tableaux me fascinent. L’un se trouve à la National Gallery de Londres, l’autre au Musée historique de Vienne. Ils sont tous deux célèbres mais le regard que tant de visiteurs ont posé sur eux n’en a pas étanché le mystère. (par Jacqueline Kelen)

Chacun représente une scène nuptiale : pleine de réserve et de majesté sous le pinceau de Jan Van Eyck, qui signa en 1434 le « Portrait des époux Arnolfini »

Bien plus animée et populaire lorsque Brueghel la peint sous le titre « Le repas de noces » en plein 16ème siècle prospère et gaillard.

Or, ces deux tableaux qui sont censés célébrer une union parlent au fond de la même chose, à savoir de la solitude, de l’étrangeté de l’autre, de l’irrécusable altérité.
Dans le portrait plutôt hiératique que Van Eyck réalise pour un riche marchand et pour sa jeune épouse, ce qui surprend en premier c’est le ventre bombé de la femme souriante. Bien sûr, la mode vestimentaire de l’époque peut créer l’ambiguïté, donnant un ventre rond à toute jeune fille… Il n’empêche : l’homme et la femme vont s’unir (derrière eux, un lit de velours rouge attend, plein de promesses) et pourtant la jeune mariée paraît déjà enceinte. Est-ce scandale ou bien symbole ? En tout cas l’homme au visage blafard ne semble guère perturbé et il lève sa main droite dans un geste tranquille d’accueil et de bénédiction. La jeune femme au regard modeste, presque timide, offre à son époux sa main droite en toute loyauté, mais voici qu’elle a déjà fauté. Bien sûr, c’est le riche marchand Arnolfini qui portera le chapeau. Comme Joseph le charpentier qui autrefois endossa la paternité d’un Jésus tombé du ciel…
De fait, est-elle bien enceinte, cette fiancée que représente le peintre flamand ? A regarder de près son geste pudique et gracieux, on remarque que de la main gauche elle ramène sous la taille un grand pan de sa lourde et longue robe verte. Le drapé de l’étoffe ferait croire à quelque proéminence, à moins qu’il ne dissimule avec finesse ce qu’une femme noble ne saurait exposer. Mais l’enquête historique nous apprendra que le couple Arnolfini n’eut pas de descendance.
Ici la solitude prend tout son sens : elle s’apparente à une grossesse mais ne livre pas un enfant extérieur, de chair, bien visible.
La mise au monde de soi devance la rencontre et les épousailles. La solitude fait croître l’amour au lieu de l’empêcher. Il s’agit bien là d’une naissance miraculeuse, d’un propos inouï. Ainsi donc, sur un plan intérieur, la grossesse précède nécessairement les noces.

S’unir. Ne faire qu’un. Que veut dire ce « faire un » ?
Un, comme l’unique bougie allumée au lustre d’or qui éclaire la scène, un comme la main droite de l’homme emplie de clarté et de bienveillance, un comme le miroir rond et central qui renvoie l’image non d’un couple mais de quatre personnages, un comme une paire de socques abandonnées sur le plancher, un comme l’accord de deux mains nues, reposant l’une sur l’autre, préfigurant les deux corps déshabillés, apaisés.
La question est grave, il faut la méditer au lieu de répondre étourdiment par des phrases convenues. Se marier, fonder un couple, est-ce faire un ? Le mot de conjugalité évoque deux êtres (sinon deux bêtes) attelés sous le même joug : autant dire que le couple prend acte de deux individualités distinctes mais s’assemblant, avançant de concert pour œuvrer à une même tache.
Faire un, c’est être soi-même entier.
Cette solitude est suffisance et plénitude. Elle donne la possibilité de rencontrer et d’aimer l’autre en toute liberté ; de lui tendre la main sans devenir son maître ni son prisonnier. De fait, les époux Arnolfini sont de même taille, à égalité, tandis que le petit chien qui figure tout au bas du tableau et nous jette un regard narquois évoque moins la fidélité qu’un esclavage consenti.
La chance que nous offre l’amour consiste non pas à ne faire qu’un mais à devenir unique.
L’amour ne réduit pas l’autre en servitude et ne le fait pas semblable à soi. Il ne met pas fin à la solitude, il la polit et la fait rayonner, tel le miroir situé entre les deux visages des époux et à la verticale du petit chien blanc, miroir bombé qui reflète une scène bien plus large que celle de deux êtres réunis par les liens du mariage. Le choix s’adresse à chacun de nous : être un gentil chien ou un miroir du monde, une fenêtre ouverte : se définir comme épouse, comme mari, ou demeurer soi, demeurer autre, dans cette distance de solitude que deux mains confiantes peuvent dissiper. Dans le regard visionnaire de Van Eyck la véritable dot qu’apporte la promise au marchand tient en cette inépuisable richesse de solitude. Certes, toute la scène est sacrée : épouser l’autre n’est pas se confondre, c’est s’incliner devant la majesté de solitude, devant le mystère de solitude qu’il est, inéluctablement.

Un festin de silence
Le tableau de Brueghel représente un groupe de paysans attablés lors d’une fête, ils boivent et mangent au son de la musique, parmi les rires, les cris d’enfants. Ces villageois participent à un repas de noces, puisque tel est le titre de l’œuvre, mais ce qui paraît étrange, c’est que la jeune mariée est seule. Placée devant une tenture verte qui fait office de dais, assise à table et souriante, croisant les mains sur son ventre plutôt que de manger, elle ne paraît pas inquiète le moins du monde.
Mais où se trouve son époux ? Nulle place vide à côté d’elle. On voit, tout près, la coiffe blanche de sa mère, d’une sœur, d’une amie peut-être. On voit un moine qui parle à un gentilhomme barbu et à l’air pensif. Tiens, cet homme vêtu de sombre croise les doigts de la même façon que la mariée : serait-il, quoique plutôt âgé, l’époux que nous cherchons en ce tableau ? Au fond de la salle, les gens se bousculent, portant leurs enfants, ils veulent boire et participer aux agapes. Certes à ce banquet il ne manque rien, le vin coule en abondance et les serviteurs apportent des écuelles bien remplies. Assise par terre, une fillette sauce son assiette et se lèche les doigts tandis qu’un chien passe la tête de dessous la grande table, moins pour happer quelque relief que pour écouter les propos du moine…
On remarque alors, tout à gauche du tableau et au premier plan, un homme jeune, souriant, au geste précis. Il se montre très attentif à sa tâche qui consiste à remplir les pichets de vin. Et ce qui frappe, finalement, dans cette scène de noces villageoises qu’on attendrait agitée, bavarde, paillarde même, c’est l’atmosphère de recueillement, de gravité. Oui, il se passe quelque chose d’important, peut-être de sacré. Tous les convives ne s’en aperçoivent pas, du moins se tiennent-ils cois. La mariée qu’on jugeait solitaire sourit sous sa couronne. Son mari est sans nul doute celui qui fait circuler le vin de la fête : il s’occupe à nourrir et à réjouir tous les invités, il ne se tient pas, comme le voudrait un code bourgeois, juste à côté de la jeune épousée. Parce que l’amour n’a rien d’une convenance mais qu’il est dans ce vin qui réchauffe et désaltère, dans cette attention à tous les autres et non dans l’exclusive dévotion à une personne ; parce qu’il est moissons et musique, relais de vie entre parents et enfants et entre habitants d’un même village ; parce qu’il rassemble bêtes et gens, moine et laïcs, mais aussi maintient cette distance subtile, heureuse, entre deux êtres qui pour s’être donnés l’un à l’autre n’ont pas renié pour autant leur solitude. Solitude qui est béatitude.
C’est un miracle que nous laisse entrevoir Brueghel. De même qu’on pouvait lire dans le tableau de Van Eyck une allusion au mariage de la Vierge et au mystère chrétien de la naissance de l’Enfant divin, de même ces noces paysannes où coule un vin clair évoquent d’autres noces, célébrées à Cana, où Jésus changea l’eau en vin à la demande de sa mère. Ainsi, la vie quotidienne, ses menus événements, ses habitudes mêmes, peuvent se transformer en un amour inépuisable et fort. C’est à un festin d’immortalité que, tels ces villageois, nous sommes tous conviés, chacun à titre personnel ; c’est vers ce banquet infini de l’amour que chacun peut s‘avancer et chaque âme prendre place à l’image de la mariée, de l’élue, couronnée de solitude.

Que veut dire aimer ?

Est-ce obligatoirement vivre ensemble  ou sceller devant témoins cette union ? Est-ce s’attacher aux pas de l’autre, ne jamais le quitter ou encore tout se dire, vouloir tout partager ? Le sens vrai de la générosité qui s’exprime dans le « tout ce qui est à moi est à toi » ne saurait effacer cette distinction irremplaçable : « tout ce qui est moi n’est pas toi ». L’amour, ce serait approcher infiniment l’autre, fêter cette distance entre deux êtres que le désir des corps peut un temps faire se rejoindre mais que la solitude première, fondatrice, rend irréductiblement libres. Oh, elle n’est presque rien, cette distance qui dans le tableau fait croire la mariée solitaire et l’époux absent voire rêvé. Mais il permet tout l’espace et la scène entière, cet éloignement de l’homme qui au premier plan fait office d’échanson tandis que la femme sourit aux anges, de l’autre côté de la grande table de bois. Des bras croisés de l’une aux bras affairés de l’autre il y a le monde entier, abondance de biens, de visages, de musique. Le souffle peut circuler.


L'amour est dans l'air dans le règne animal, et il n'y a pas de meilleure façon d'exprimer son amour à travers la danse...

Mirages du couple  

Une femme à l’air candide qui est sans doute enceinte avant son mariage, une jeune mariée paisible sans époux à ses côtés : autant d’images fortes d’une solitude heureuse qui évoquent la croissance intérieure et la plénitude de l’être. Les épousailles avec soi, dans le secret d’une solitude fertile, permettent une alliance avec l’autre qui ne portera pas atteinte à l’intégrité de chacun.
Mais tant que l’individu cherche à l’extérieur celui qui le complétera, qui répondra à ses manques, il ne pourra que nouer des relations intéressées ou précaires, il fera un mariage bancal.
Lorsqu’il s’est mis au monde, lorsqu’il se sait entier, il envisage avec les autres des liens sous le signe de la liberté et de la gratuité.
On ne veut posséder l’autre que si soi-même on se sent incomplet.
D’une façon féroce, René Daumal a analysé la situation dans « la grande beuverie » par l’intermédiaire de la grande voix de derrière les fagots. Voici ce qu’elle dit, la voix : « Quand il est seul, le microbe (j’allais dire : l’homme) réclame une âme sœur, comme il pleurniche, pour lui tenir compagnie. Si l’âme sœur arrive, ils ne peuvent plus supporter d’être deux, et chacun commence à se frénétiser pour devenir un avec l’objet de ses tiraillements intestins. N’a pas de bon sens : un, veut être deux : deux veut être un. »
Le geste naturel au sentiment amoureux est de toucher, de prendre, bientôt d’accaparer. Beaucoup s’imaginent que l’amour va mettre fin à leur solitude alors que c’est la solitude qui permet l’éclosion et la durée de l’amour.
Les uns vivent en couple dès qu’ils quittent leurs parents, les autres se précipitent dans des aventures toujours décevantes, d’autres sortent sans arrêt pour rencontrer quelqu’un, en fait pour ne pas se retrouver seuls : tous, à leur manière, croient briser ou conjurer leur solitude mais ce besoin des autres, ce besoin d’être à deux va aggraver plus encore leur sentiment d’isolement. Bien sûr, tout l’environnement social, les joyeuses familles et les couples satisfaits sont là pour asséner à l’individu qu’être seul, c’est vivre mal, c’est vivre à moitié. Peu rétorquent qu’à vivre toujours ensemble on devient l’ombre de soi-même et que d’un autre point de vue « deux est la moitié d’un ».
Les femmes surtout, me semble-t-il, sont victimes de ces préjugés et même si elles se disent indépendantes, elles vivent souvent leur solitude comme une attente ou comme un abandon. Pourtant beaucoup d’entre elles y font face courageusement alors que nombre d’hommes auraient tendance à conserver une relation amoureuse médiocre ou bien à accumuler des aventures superficielles plutôt que d’accepter une vie solitaire. Mais presque tous ont du mal à chasser de leur tête l’idée que la solitude est un état de rejet ou de moins-être, presqu’une marque d’infamie.
La vieille fille d’autrefois se voyait taxée d’un caractère acariâtre ou de méchanceté et on ne pouvait l’imaginer jolie. Les temps ont-ils changé ? Même si on constate que les femmes qui vivent seules sont à l’opposé du portrait stéréotypé de la vieille fille et qu’elles montrent souvent bien plus de charme, de dynamisme et d’humour que leurs consœurs mariées et pourvues d’enfants, le soupçon  pèse encore sur la tare que cacherait cette existence de célibataire et elles-mêmes se sentent parfois délaissées, peu aimées. Certaines sont qualifiées de femmes fortes et comme elles assument ce que d’autres éviteraient – le face-à-face avec soi-même, les heures de silence, les doutes et les questionnements -, on estime qu’elles ont une vie si remplie et une allure si libre qu’elles ne sauraient trouver de temps pour une relation amoureuse ou qu’elles se passent volontiers d’homme… Et j’omets les réflexions de quelques mufles, assurant qui si des femmes, quoique belles et intelligentes, vivent seules, c’est le prix dont elles paient leur indépendance, le refus de devenir une femme au foyer. BRR… ce foyer me fait froid dans le dos. Et, je dois l’avouer, la plupart des couples m’ennuient prodigieusement. Se voulant à l’unisson, les deux personnes du couple se neutralisent le plus souvent et parlent moins en leur nom propre qu’au nom de cette entité introuvable à laquelle ils sont prêts à tout sacrifier.
Ce continuum dans les peines et les joies, ces petites manies et ces grandes tendresses, ces douces habitudes qui recouvrent tout mystère et tout imprévu, cette sécurité acquise par tant de patience, tant de compromis, cette structure qui s’érige, en dépit des mensonges et des adultères, en bonheur patenté, ce contentement de soi parce qu’on a trouvé, cette certitude que ce soir il y aura quelqu’un dans son lit et demain aussi, bref, tout m’irrite et me déplait dans le couple conventionnel, marié ou non.
Or, le couple continue d’être véhiculé comme une image idéale de bonheur et d’amour,
alors qu’en fait il représente une image normative, une structure préférentielle à laquelle le plus grand nombre s’adapte et se plaît :
un compromis entre la solitude et la société.
Et moi, de plus en plus je doute que l’homme et la femme soient faits pour vivre ensemble, si différents sont-ils, si divergents apparaissent leurs désirs, leurs goûts…

  • Ou bien il faut en convenir : seul un solitaire peut s’entendre avec un autre solitaire – chacun respectant le silence, l’espace, l’individualité de l’autre car il en connaît le prix.

  • J’en arrive à penser que la vie de couple est réservée aux êtres exceptionnels. L’erreur consiste à croire que ce genre de vie concerne tout le monde.

  • Il serait ridicule de prétendre que toute vie à deux empêche l’amour, l’attention, le respect et qu’il n’existe pas de coupes joyeux et ouverts.

Je voulais seulement poser la question : qu’est-ce qui importe dans cette vie ? Est-ce d’aimer ou bien de faire couple à tout prix ?

On peut quitter les sentiers du monde pour suivre celui qui mène au centre de Soi.

  • Le sage dit : Vous n'avez pas besoin d'intermédiaire, vous n'avez pas besoin d'adorer un symbole du mystère suprême.

  • "Une erreur persistante" : on croit que la spiritualité rend libre. NON ! Pas plus que telle religion, que telle philosophie, que tel parti politique, etc.. C'est l'esprit totalement libre qui est spirituel. Mais les meilleurs des hommes en sont encore à chercher l'adresse d'une école, d'un parti, d'une chapelle... où ils pourraient, moyennant finances (ou pas) et par des exercices pratiques, apprendre la liberté... Lorsque je déclare que je ne lis pas les journaux, que je regarde très rarement la télévision, que j'écoute peu la radio, on s'étonne, on s'inquiète : "Mais que reste-t-il ?" Et moi : "Tout. La liberté." La liberté qui se décline en silence, en musique et conversation, en lectures, en amitié, en écriture, en rêverie. Le bonheur en somme ! Mais chut !!! Il y a en chacun de nous une solitude qui est ce que nous avons de plus précieux. Une solitude inaliénable, magnifique, qui est la solitude même de l'Esprit.

 
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