Janvier 2013 - MEDITATION et Liberté Bouddhisme et Spiritualité

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Janvier 2013

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Réincarnation, renaissance, résurrection, remanifestation


Combien parmi vous ont vu le film de Bertolucci  intitulé "Little Buddha" ? Une enquête a permis d'établir que 25 % des Européens et 23 % des Américains croient en la réincarnation. Il y a donc beaucoup de gens qui sont prêts à croire ou qui sont favorables à l'idée de réincarnation.
Une chose amusante est qu'en Asie on n'aime pas tellement l'idée de réincarnation parce qu'on voudrait plutôt que la roue de l'existence cesse et avec elle le cycle des souffrances. Mais en Occident, il semble que l'on aime cette idée. Il y a donc une différence de mentalité entre l'Occident et l'Orient. C'est un fait que l'idée de réincarnation, avec la notion de continuation qu'elle implique, est actuellement très populaire.
La notion de résurrection est proche de celle de réincarnation. Qu'est-ce qui doit être ressuscité sinon le corps ? Donc nous pouvons utiliser la notion de réincarnation. Lorsque le corps est restauré, l'âme entrera à nouveau dans le corps. D'après les enseignements du Jugement Dernier chacun doit retrouver son corps ressuscité et c'est bien une réincarnation. Il est difficile de dire qu'il n'y a pas de réincarnation dans le christianisme.

Nous savons que les humains ne peuvent pas être heureux s'ils ne croient pas en quelque chose. La foi est importante, mais la foi c'est quelque chose de vivant, c'est comme l'amour, la haine, le désespoir, c'est une formation mentale. C'est une chose vivante et tout ce qui est vivant change. Votre foi c'est quelque chose de vivant qui doit changer au cours du temps, qui doit grandir comme un arbre. La foi qui était la vôtre quand vous aviez dix ans n'est plus là. Que vous soyez chrétien, musulman, marxiste, bouddhiste ; la foi est quelque chose qui doit changer tout le temps : il faut accepter ce fait.

D'abord il se peut que nous croyions que la réincarnation correspond à l'idée que l'âme entre dans le corps. Nous pouvons dire que l'âme est permanente et le corps impermanent. Lorsque nous nous débarrassons d'un corps nous pouvons entrer à nouveau dans un autre corps. L'immortalité de l'âme et l'impermanence du corps, c'est peut-être une première notion de réincarnation.
Il se peut que nous commencions comme cela et que nous nous appelions bouddhistes, c'est accepté pour un débutant. Mais si vous continuez à être un bouddhiste vous devez pratiquer plus et l'idée de l'immortalité de l'âme doit faire place à une autre idée plus proche de la réalité.

Si vous étudiez les soutras, si vous pratiquez l'observation de votre esprit ; vous verrez qu'il n'y a rien de permanent dans l'ensemble des cinq agrégats : le corps, les sensations, les perceptions, les formations mentales et la conscience. Tout change constamment. Il n'y a pas une seule chose qui reste identique pendant deux moments consécutifs. Vous voyez que non seulement le corps, mais aussi l'âme est impermanente, parce que l'âme est faite d'éléments tels que les sensations, les perceptions, les formations mentales et la conscience. En dehors de ces éléments il n'y a rien que vous puissiez appeler une âme. L'idée d'immortalité de l'âme doit être remplacée et votre compréhension de la réincarnation sera plus proche de la réalité.

On appelle bouddhisme populaire le bouddhisme des masses. Mais si vous continuez, vous entrez dans un autre bouddhisme : le bouddhisme profond ; et c'est un domaine que nous explorons. A cause de cette exploration nous sommes plus proches de la réalité de nous-mêmes et du Dharma. L'idée de réincarnation est encore là mais notre compréhension est différente.

Ré-in-carnation : "carn", c'est la chair. L'idée consiste en ce qu'il y ait une âme, un corps et l'âme pénètre dans le corps. Dans le bouddhisme on n'utilise pas le mot réincarnation mais le mot renaissance, parce que la notion de réincarnation implique l'existence d'une âme immortelle qui entre et sort du corps et entre à nouveau dans un autre corps. Il n'existe rien de tel que cette âme immortelle qui sort d'un corps pour entrer dans un autre. L'utilisation du mot renaissance est perçue comme quelque chose d'inadéquat parce que le mot naissance représente quelque chose qui n'existe pas vraiment si nous sommes capables de toucher la réalité de la non-naissance et de la non-mort.

Etre né veut dire qu'à partir de rien on devient quelque chose et que de quelque chose on devient rien lorsque l'on meurt. J'existe pendant tant d'années et tout d'un coup je cesse d'exister. C'est la notion habituelle de mort et de naissance. Observant ce qui nous entoure nous voyons que rien ne fonctionne ainsi.

Il y a une fleur et nous pensions que c'est quelque chose qui vient de rien. Mais avant sa naissance la fleur existe sous une autre forme. Dans le bouddhisme nous pouvons transcender la notion de naissance et de mort et nous utilisons le mot de re-manifestation. La naissance de la fleur c'est un jour de re-manifestation. La fleur était donc déjà là sous une certaine forme mais nous n'étions pas capables de la reconnaître. L'idée de manifestation implique l'idée d'une manifestation antérieure. Cette chose est toujours là. Si les conditions sont suffisantes cette chose peut à nouveau se manifester. Et, lorsque nous voyons les choses se manifester, nous disons qu'elles sont nées mais en fait elles ne sont pas nées, elles se manifestent. Parce qu'être né c'est à partir de rien. Donc il y a eu quelque chose avant qu'il y ait manifestation.

Les notions de naissance, d'existence, de venir, de paraître sont des notions que nous appliquons à une chose après qu'elle se soit manifestée. Avant la manifestation de cette fleur nous ne la voyons pas. Nous disons : la fleur n'est pas encore née. Lorsqu'elle se manifeste nous disons : la fleur est née, elle est arrivée. Etre né, être arrivé, c'est s'être manifesté et lorsque la fleur à cause d'un manque de conditions nécessaires arrête de se manifester nous disons qu'elle n'est plus. Donc toutes nos notions comme la naissance, la mort, l'être, le non-être, venir, partir, toutes ces notions doivent être transcendées. La réalité est en dehors de ces notions. Lorsque nous étudions le bouddhisme et pratiquons le regard profond nous nous libérons de toutes ces idées. Nous avons toujours une croyance et elle est de plus en plus solide et personne ne peut nous l'enlever, parce que notre croyance n'est pas faite de notions mais de la réalité.

Dans le bouddhisme nous parlons en termes de dimension historique et de dimension ultime. Dans la première nous voyons plusieurs signes comme la naissance, la mort, l'être, le non-être, l'aller, le venir.
Dans la dimension historique vous pouvez penser que le Bouddha vivait il y a 2600 ans et qu'il vous faudra peut être attendre de très nombreuses années avant qu'un autre Bouddha apparaisse. Il se peut que vous planifiiez votre vie d'après cette opinion, mais si vous choisissez la dimension ultime vous verrez que vous pouvez tenir la main du Bouddha pour partir en méditation marchée immédiatement.



Les deux dimensions sont une. Vous ne pouvez pas imaginer la dimension ultime distincte de la dimension historique. C'est comme les vagues et l'eau. Les vagues vues à la surface de l'océan représentent la dimension historique mais la substance qui crée la vague, c'est l'eau et bien que les vagues semblent avoir un début, une fin, un haut et un bas, l'eau dans les vagues ne peut pas être décrite par ces caractéristiques.
La dimension ultime ne dépend pas des signes, des notions d'existence, de non-existence, de l'aller et du venir. Nous savons que l'eau et les vagues sont unes et nous ne pouvons pas séparer l'une de l'autre. La dimension historique est une avec la dimension ultime. Si vous savez toucher les vagues profondément, vous pouvez toucher l'eau. Si vous savez toucher profondément le monde de la naissance et de la mort, de l'aller et du venir, vous pouvez toucher le monde de la non-naissance et de la non- mort, du non-aller et venir. C'est cela, notre pratique de chaque jour.



Supposez que vous regardiez ce pot de fleurs. Si vous êtes en Pleine conscience, et il y a des façons d'être en Pleine conscience comme par exemple respirer, s'incliner profondément devant la fleur. Tout d'un coup la fleur se révèle à vous : la fleur est une manifestation et nous même sommes une manifestation. Les fleurs représentent tout le cosmos, l'infini, dans le temps et dans l'espace et nous aussi.
Si vous continuez à être là, à observer alors vous pouvez toucher la dimension ultime de la fleur et vous touchez votre propre dimension ultime. A ce moment vous pouvez vous établir dans la dimension ultime, libéré des notions de naissance et de mort, d'aller et de venir, d'être et de non être.
Vous ne voyez pas seulement la présence de la fleur comme une chose merveilleuse mais aussi la manifestation de vous-même comme une chose merveilleuse. Selon votre regard profond vous toucherez plus ou moins profondément la dimension ultime de la fleur et de vous-même. Le Bouddha nous offre le genre de pratique qui peut nous aider à toucher la dimension ultime.


La pratique de toucher la terre :  avant ou après la méditation assise nous faisons trois prosternations. En joignant les paumes de mains, en vous inclinant vous vous voyez en contact avec tous les ancêtres. Ancêtres spirituels et ancêtres de la famille, vous vous voyez comme la continuation de ces ancêtres, vous voyez qu'ils sont vous-même et vous voyez aussi vos enfants et petits enfants dans ce moment. Dans l'acte de toucher la terre, vous vous rendez à la terre pour être avec le courant d'être que vous êtes vraiment. A ce moment vous êtes vos ancêtres mais aussi les générations futures. Simplement en touchant la terre de cette façon vous touchez la dimension ultime. Restant ainsi pendant quelques minutes : inspirez, expirez et vous vous voyez comme étant chaque personne de la lignée. A ce moment là vous n'êtes plus pris par la notion de moi tel que :" Je suis ce corps ". Le Bouddha a dit :
"Ces yeux ne sont pas moi, je suis plus que ces yeux". Touchant la terre pour la seconde fois il se peut que vous soyez tout d'un coup un avec la terre, avec les montagnes, avec les pins. Touchant la terre, vous êtes tout : la fleur, la table. Vous êtes libres des notions de moi. A ce moment vous touchez la dimension ultime.

Il se peut que vous fassiez cela par respect pour le Bouddha et les ancêtres. Vous restez vous-même et les ancêtres restent eux-mêmes. Une personne distincte s'incline pour montrer sa gratitude envers les ancêtres. Cette pratique est utile mais en continuant vous allez approfondir et en vous inclinant vous toucherez la dimension ultime.
Si nous pouvons toucher la dimension ultime une transformation se passe en nous. La peur, la douleur commencent à se transformer. La joie, la liberté, la paix vont se développer en nous, nous nous sentons bien en nous-mêmes. Nous sentons que l'amour et la compréhension nous habitent et les gens, les arbres, l'eau et l'air autour de nous vont sentir la même chose.



Pages à visiter pour une meilleure compréhension
dans méditation : Que suis-je ?
dans philosophie : L'impermanence - La vacuité - L'interdépendance - Renaissance ou réincarnation - Dieu et méditation - Le bardo - La roue de la vie.

D'après un enseignement de Thich Nhat Hanh
au Village des Pruniers en 1994
à suivre>>> fev-mars-avr 2013
pour compléter notre approche

 
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