Février 2013 - MEDITATION et Liberté Bouddhisme et Spiritualité

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Février 2013

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LA MORT ET APRES ? La perspective de la fin de vie touche les croyants, comme les non croyants

LES FUNERAILLES CELESTES - JHATOR ou donner l'aumône aux oiseaux... (région du Dolpo au Népal)
Certains sentiers de l'Himalaya bouddhiste vous mèneront peut-être à côté de lieux réservés à la cérémonie du Jhator. Au dessus du village, proche des hauts sommets, le corps du défunt, après avoir été disséqué et préparé, est livré aux oiseaux de proies. Cette coutume aurait plusieurs explications : d'une part, la dureté du sol des montagnes et l'absence de combustible ne permettent pas d'enterrer ou de brûler les corps.
D'autre part, et au-delà de l'aspect technique, le Jhator, traduction décrite dès le XIIème siècle dans le Livre des morts tibétain (Bardo Thodol) est considéré comme un acte de bonté et de compassion. En livrant son corps aux animaux et à la terre, on permet à ce dernier de les nourrir et de réintégréer le cycle de la vie. Selon le bouddhisme tantrique, l’âme de la personne décédée part dans les bardos pour être réincarnée, alors que l'enveloppe de chair reste sur terre comme une simple coquille vide. Le fait de nourrir les rapaces avec cette chair est donc considéré comme un retour complet à la nature, le dernier don de soi de la part du défunt à la terre qui l'a fait naître.


Une simple coquille vide ??? Tous les phénomènes sont composés, sujets à la décomposition et impermanents. L’usage spirituel de tout ça, c’est de se libérer de l’identification à ce que je m’imagine être un MOI solide, autonome, indépendant, permanent…
Tout apparaît, tout change et tout cesse. Ou comme dit le canon : la matière est comme un morceau d’écume, la sensation est comme une bulle d’eau, la perception comme un mirage, les formations mentales comme le tronc d’un bananier et la conscience (dualiste) comme une illusion.
Un ensemble de parties produit le concept de véhicule : que suis-je ?
Mon corps ? Un assemblage d'os et de chair - Ma conscience ? Une succession de pensées fugaces - Mon histoire ? La mémoire de ce qui n'est plus - Mon nom ? Je lui attache toutes sortes de concepts : celui de ma filiation, de ma réputation, de mon statut social etc... - Mais en fin de compte, il n'est rien de plus qu'un assemblage de lettres : a b c d e f ...

Pour ceux qui pratiquent le dharma*, la vie est un moment propice à la contemplation et à la réflexion sur ce qui est. Même la mort des personnes qui nous sont chères fait partie de notre contemplation. Nous acceptons le fait que naître signifie que nous devrons un jour être séparés les uns des autres. C’est ce qui est… et il n’y a rien de mal à cela.
Mais notre société refuse d’accepter la mort et de la considérer vraiment en profondeur. Nous sommes tellement engagés dans la vie, à essayer de tout rendre beau, que nous avons tendance à faire abstraction du final. Pourtant, si on réfléchit aux moments les plus importants de la vie, on réalise que ce sont la naissance et la mort. L’idée de la naissance, de voir venir nos enfants et petits enfants, par exemple, est chère à notre coeur. Mais l’idée de la mort est déroutante. Que se passe-t-il quand quelqu’un meurt ? Où est-elle allée ? Ce que nous savons, c’est que nous ne savons pas !
*Dharma : au sens littéral signifie porteur d'un contenu, que ce soit la loi, la constitution, les choses, les objets mentaux... Il désigne plus couramment l'enseignement du Bouddha et l'ordre naturel des choses, le dharma de l'herbe est d'être broutée par la vache, celui de la vache est de fournir du lait, par exemple.

Un sujet à développer : mourir avant la mort. Ce que nous enseigne la méditation, c’est la façon de mourir avant la mort du corps. Par mort, j’entends cette perception que nous en avons dans l’esprit. Si la perception de la mort est prise personnellement, nous avons peur parce que nous croyons que nous allons mourir. La perception de quelqu’un de vivant est basée sur la vision selon laquelle ce corps est à moi, et je suis ce corps.
Le Bouddha n’a jamais émis d’hypothèses à vérifier à propos de la vie et de la mort, mais il a souligné « ce qui est ». Et ce qui est, est le sens de la méditation. Nous étudions ce qu’est le corps, ce que sont nos sentiments… Nous voyons par nous-mêmes ce que sont réellement le désir et l’attachement, et nous observons les conditions apparaître et disparaître.

Mourir avant la mort signifie permettre à ce qui est apparu de disparaître. Cet enseignement se rapporte à l’esprit car il est bien évident que nous laisserons le corps mourir quand il sera temps pour lui de mourir. Et quelle que soit la durée de ce corps, ce sera bien ! De toute façon, il n’est pas à moi.
Par contre, pendant qu’il est encore vivant, l’occasion existe de mourir avant la mort : de mourir à l’ignorance, à l’égoïsme, au désir, aux répulsions et aux concepts erronés de notre condition de conditionné. Nous nous disons, je suis gourmand, je suis en colère, je n’y comprends rien etc.… et si je suis, vous êtes aussi. Ainsi la conviction « je suis, tu es » crée l’illusion d’être une personne. Mais qu’est-ce qu’une personne ?
Et si mon monde ne tourne plus autour de moi, que va-t-il rester ? Je vais me dissoudre et disparaître dans la vacuité. Nous voyons combien nous avons peur de lâcher « notre personne » !

Les relations familiales en sont un bon exemple. Si j’ai des enfants, je vais me dire peut-être : mais comment ne pas être attaché à mes enfants ? Il ne s’agit pas de rejeter mes enfants, pour me convaincre que je n’y suis pas attaché ! Mourir à l’égoïsme, ne signifie pas que je n’aime pas mes enfants. Cela signifie que je ne suis plus attaché à la perception de moi-même en tant que quelqu’un dont le bonheur dépend de la certitude que mes enfants sont bien à moi. Et nous appelons cela « aimer ses enfants », alors qu’en réalité ce soi-disant amour est pris dans un filet d’attachement et d’ignorance. Très peu d’amour peut émerger de cette sorte de relation.
Donc « amour » ne signifie pas « attachement ». Aimer c’est donner librement sans y chercher son propre intérêt. C’est être capable de vivre sans cette idée de « moi » et sans toute cette forme de souffrance que nous créons autour de nos enfants, parents, conjoints etc.… et de notre monde.
Donc il faut accepter les limites liées au fait que nous soyons nés dans un corps. Cela fait simplement partie du karma de la naissance. Ainsi ce monde sensoriel tel qu’il est, et tel que nous en faisons l’expérience pendant la durée de vie de ce corps, est notre pratique du dharma. Comme on le voit, cette façon de considérer les choses va à l’encontre de l’attitude dans le monde. La mort est généralement vue comme une tragédie et on dit même qu’il est morbide de simplement y penser.

Quant à moi, je trouve très important d’y réfléchir, parce que c’est quelque chose qui va m’arriver. Même si je suis en parfaite santé tout au long de ma vie, cela n’empêchera pas le vieillissement et la mort. Donc, si nous étudions la vieillesse, la maladie et la mort, pas pour une quelconque raison morbide, mais parce que ce sont des processus dans lesquels nous sommes tous engagés. Il est ridicule de passer sa vie à collectionner des papillons et d’ignorer les processus fondamentaux de l’existence humaine. Le jour de ma mort, je ne crois pas qu’un papillon me sera d’une grande consolation ! Tout change et évolue à sa manière. En méditation, nous cultivons une conscience du changement dans notre vie, au lieu de simplement passer notre temps à faire des choses et ensuite nous faire croire que nos réalisations personnelles sont importantes et pressantes.
En un moment de ma vie, j’ai été un marchand de meubles. Je peux me poser cette question : " Pourquoi j’ai vendu tous ces meubles ? ". " C’est pour vivre, pour acheter de la nourriture ". " Et à part ça, qu'est ce que je fais de ma vie ? " " Je vends des meubles ! " N’est-ce pas paradoxal : vendre des meubles pour rester en vie, afin de vendre des meubles ? La morale de cette histoire est la suivante : à quoi sert ma vie, si celle-ci n’a pas d’idéal supérieur ? Elle est prise dans un cercle vicieux, dans un manège inutile, qui ne mène à rien. Car même si je réponds que je travaille pour nourrir ma famille, cela revient à la même chose, si l’on considère ma famille comme une extension de moi. Il faut que je me souvienne que l’amour envers femme et enfants n’est pas l’amour du prochain, ce n’est qu’un amour-propre amélioré. Le résultat demeure donc le même ; tant que l’idéal reste matérialiste, on manque à son devoir vis-à-vis de soi-même et des siens.
Si je vis ainsi toute ma vie, quand je serais vieux et sur le point de mourir, je ne saurais pas ce qui est arrivé à ma vie. Triste, non ?

Et si nous ne sommes pas conscients du sens de la vie, nous vivons dans la confusion. Nous disons : pourquoi moi ? Pourquoi dois-je vieillir, tomber malade etc.… Ce n’est pas juste. Si Dieu existait vraiment, il ferait en sorte que je reste frais comme une rose toute ma vie et que je meure en parfaite santé. Je m’endormirais et ne me réveillerais pas …
La vie est pleine de dangers et le « moi » est toujours en danger, parce que la vie ne va pas dans le sens que nous souhaiterions. Il est dangereux d’être égotique. C’est une occasion d’ouverture, même si la perception culturelle de la mort a des connotations négatives, elle n’a rien de déprimant ni d’horrible quand on peut s’y ouvrir. Etre auprès de quelqu’un qui se meurt peut même être inspirant quand on encourage cette forme d’ouverture chez le mourant et en soi. Bien sûr on préfère que la personne vive, et il y a une espèce de tristesse en soi, mais ce n’est pas déprimant. J’en ai fait l’expérience avec mon père et ma mère.
Une fois que cesse la répulsion et la négativité, une fois cette étape traversée, nous commençons à contempler le corps comme le dharma et à l’apprécier. Il est possible d’apprécier ce processus et d’en voir la perfection, de réaliser qu’il s’agit là de la perfection de la nature.

Dans les religions monothéistes, il y a une structure métaphysique qui n’a pas grand chose à faire avec les lois naturelles, de sorte que la libération dépend d’une croyance en des doctrines métaphysiques et non de la compréhension des lois de la nature. Et selon mon propre conditionnement, la nature est quelque chose d’extérieur… c’est ce que l’on voit là-bas dehors ! Il y a bien des montagnes et des arbres et il y a des lois naturelles, mais elles n’ont pas grand chose à voir avec nous, de sorte que l’on se sent étranger au monde.
Pourtant notre corps fonctionne en lien avec les lois naturelles… impermanence, interdépendance, dépendance, karma, vacuité, il fait partie d’une structure planétaire d’un tout parfait.
Dans le bouddhisme, quand on met sur un même plan le dharma et les processus naturels, on ouvre son esprit à ce qui est. "Ce qui est" !!! Et la boucle est bouclée !!!
C’est ce que le Bouddha a découvert quand il a atteint l’Eveil. Il a réalisé le mouvement naturel des choses. Et tous les faux concepts relatifs au soi et à la culture, qui sont basés sur l’ignorance, l’attachement à la répulsion, et l’attachement au désir, se sont simplement dissous dans son esprit.

Attitude devant la mort
Lorsqu’on débute sur le chemin spirituel, il est bon d’être poursuivi par la peur de la renaissance et de la mort, à la manière d’un cerf qui s'échappe d'un piège. A mi-chemin, mieux vaut faire en sorte de n’avoir rien à regretter, même si l'on devait mourir sur l’instant, tel le paysan confiant qui a travaillé son champ avec soin. A la fin, l’on doit pouvoir être heureux comme quelqu'un qui a terminé une grande mission. Ce qu’il est surtout nécessaire de savoir c’est qu’il n’est pas de temps à perdre, comme si une flèche avait atteint un endroit vital de notre corps. GAMPOPA

Gampopa Dakpo Lharjé était un Maître et érudit tibétain de l'école Kagyüpa. Né en 1079 dans une famille de médecins au Tibet central, Gampopa devint lui-même praticien à l'âge de 16 ans et reçut de nombreux enseignements tantriques de maîtres nyingmapa. A 22 ans, il se maria et eut bientôt 2 enfants, mais après 4 ans de vie familiale heureuse, une épidémie survint qui tua tour à tour ses enfants et sa femme. Bouleversé, Gampopa prononça devant sa femme mourante le serment de se consacrer au Dharma et embrassa la vie.

 
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