Octobre 2018 - MEDITATION et Liberté Bouddhisme et Spiritualité

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Octobre 2018

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Vie et mort dans le bouddhisme
Tant que l’on raisonne en termes d’entités plutôt que de fonction, de continuité de l’expérience, le concept bouddhiste de renaissance ne peut pas être compris.
Question posée :
 
Il me semblait que le bouddhisme ne croyait pas en l’âme et en la transmigration des âmes puisque la pratique bouddhique permettrait d’échapper aux cycles des réincarnations à travers en se libérant du karma.
Comment dans ce cas expliquer les réincarnations de grands maîtres spirituels ? Je dois avouer que je rame un peu là ! Est-ce une pratique culturelle, une croyance ?
Réponse :
Concernant la réincarnation, les méprises sont fréquentes et nombreuses même parmi les bouddhistes. Selon le bouddhisme, effectivement, il n’y a pas d’âme et il n’y a pas non plus de “personne” considérées comme des entités distinctes. Il n’y a qu’un flot dynamique d’expérience, instant après instant, que l’on appelle la conscience. Dans le monde de l’inanimé, il est admis que « rien ne se crée, rien ne se perd ». Il n’y a que des transformations. La matière ne peut naître ex nihilo. Selon le bouddhisme, il en va de même de la conscience, qui ne peut ni surgir de rien ni passer de l’existence phénoménale au néant. D’où l’idée d’un continuum de conscience qui se poursuit d’état d’être en état d’être.
Ce continuum n’implique nullement l’existence d’une âme ou d’un “moi”, pas plus qu’il n’existe une entité “Ganges” distincte du flot sans cesse changeant que l’on appelle le fleuve “Ganges”. Le “moi” n’est qu’une “désignation conceptuelle”, dénuée d’existence propre, attachée au flot de conscience. La “personne” est l’histoire d’un flot de conscience particulier, le vôtre étant diffèrent du mien.
Celui qui a réalisé la nature de la conscience est libéré de l’ignorance et des toxines mentales (haine, désir, arrogance, jalousie, etc.) et n’accumule plus de karma négatif. Le flot de son esprit est à la fois limpide (grâce à la connaissance) et flexible (grâce à l’entraînement). Un tel être est libéré du samsara et n’est plus contraint de se réincarner en raison de ses actes karmiques. C’est mû par une compassion sans limite pour les êtres qui souffrent dans le samsara qu’il fait vœu de renaître volontairement pour accomplir le bien des êtres et les délivrer de la souffrance.
Les êtres ordinaires n’ont guère de maitrise sur le flot de leur conscience et ne comprennent pas la nature fondamentale de la conscience. De ce fait, cette conscience est emportée comme une plume au vent par le Karma, en direction de divers modes d’existence.
Question :
Mais si mon flot de conscience est différent du vôtre, les flots de conscience de deux incarnations successives d’un maître spirituel ne sont-ils pas deux flots d’être distincts ?
Si c’est le cas, comment expliquer que l’un soit considéré comme la continuation de l’autre ?
Réponse :
On peut parler à juste titre du Gange à sa source et du Gange à Bénarès, car il s’agit du même continuum. Cela n’implique par pour autant qu’il existe une entité “Gange” autonome, qui sorte la tête de temps en temps à la surface de l’eau pour proclamer « c’est moi le Gange ». Il y a donc bien un continuum, mais pas d’entité distincte.
L’histoire du Gange, avec ses diverses caractéristiques sans cesse changeantes, est différence de celle de la Seine. Cette différence justifie de lui associer un concept et un nom. Il en va de même de la notion de “personne”, qui reflète l’histoire de notre flot de conscience. Le “moi” existe bien, mais uniquement en tant que désignation conceptuelle qui permet de relier entre eux un ensemble de phénomènes.
Réponse :
A quoi sert l’entrainement de l’esprit ? Vous souffrez n’est-ce pas ? L’expérience de la souffrance n’est jamais désirable, ni maintenant ni plus tard. Il est donc légitime de tenter de l’éliminer. Si vous versez un puissant poison en amont d’une rivière vous pouvez être certain que son cours sera empoisonné cent kilomètres en aval. Si vous neutralisez ce poison, l’eau sera pure à nouveau. Cela fait une différence indéniable ?
 
 
C’est précisément parce que tout est impermanent que le changement et la transformation est possible, un changement qui nous conduira de l’ignorance à la connaissance, de la souffrance à la liberté de la souffrance (le nirvana). Si le moi était une entité autonome et permanente, aucune transformation ne serait possible.
 
Question :
Si nous ne sommes jamais les mêmes, à quoi sert d’entrainer notre esprit en vue d’atteindre le nirvana ?
Si l’esprit est un flot sans cesse changeant, peut-on espérer améliorer ce flot de manière durable ?
Si tout change à chaque instant, comment espérer progresser sur le chemin spirituel ?
Problème sur la "vacuité"
Question posée :
 
A qui s'adresse-t-on si l'on n'a pas envie de renaître ? Question idiote, quoique....
Voici une anecdote qui permet peut-être de comprendre ce qu’est l’expérience de la vacuité.
(Par Mingyour Rinpotché - à lire en fin de la page Vacuité)
Donc la mort n’est pas semblable à une goutte d’eau qui s’absorbe dans la terre sèche ou à une flamme qui s’éteint. Sa nature se déduit de celle de la conscience. C’est un problème complexe. Beaucoup de religions théistes envisagent une création, ce qui revient à dire que rien, à un moment donné, devient quelque chose.
Selon la philosophie bouddhiste, l’idée d’une création ex-nihilo, d’un rien qui devient quelque chose est difficile à accepter. Un raisonnement logique montre qu’il est impossible de transformer le néant en quelque chose, surtout si cela se fait par l’entremise d’une entité qui elle-même est sans cause, ou qui contient toutes les causes. Le bouddhisme adhère à l’idée d’un univers sans début. (L'interdépendance)
Certains philosophes occidentaux partagent ce point de vue, tel Bertrand Russel qui a dit qu’un univers sans début ne comporte aucune faute de logique, mais pose simplement un problème d’imagination. Nous sommes naturellement tentés de nous dire : « Bon, quinze milliards d’années, ça va, mais il faut bien que ça commence quelque part. » Nous avons du mal à comprendre qu’il puisse ne pas y avoir de début. Et pourtant c’est la seule explication qui ne soulève pas de difficultés logiques. Somme toute, cela revient à dire en d’autres termes que « rien ne se perd, rien ne se crée ».
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